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21 avril 2015

Le programme du FN d'aujourd'hui est-il comparable au programme du PCF d'hier?

Le PCF voit rouge depuis que François Hollande a déclaré, dimanche 19 avril, sur Canal+, que Marine Le Pen "parle comme un tract du Parti communiste des années soixante-dix". Tout en soulignant que le PCF "ne demandait pas qu'on chasse les étrangers, qu'on fasse la chasse aux pauvres", le président de la République a mentionné la fermeture des frontières et la nationalisation des industries.

Le but des propos de François Hollande est très clair : convaincre l'électorat populaire que le projet économiques de Marine Le Pen serait ringard en ce qu'il ressemblerait à "un tract du Parti communiste des années soixante-dix". Reste à savoir si ce n'est précisément pas l'abandon de certains marqueurs historiques de la gauche qui fait qu'une grande partie de l'électorat populaire – ouvriers et employés – vote aujourd'hui FN et non plus PCF ou PS...

Avec un peu de méchanceté, on pourrait plutôt se demander si l'action gouvernementale de Manuel Valls ressemble ou non à un tract de François Hollande… des années 2012 ! Il est d'ailleurs étonnant de voir la gauche de gouvernement se placer sur le terrain de la droite, qui dispute à l'extrême droite un électorat de droite "décomplexée" en affirmant que le programme économique de Marine Le Pen serait "d'extrême gauche".

Ce qui est stratégiquement compréhensible chez Nicolas Sarkozy ne l'est pas chez François Hollande, qui, se faisant, donne une caution "de gauche" au FN en l'inscrivant dans la continuité historique de la "première gauche", jacobine et étatiste. Florian Philippot n'en demandait pas tant. "Le PCF devrait être fier au contraire d'être comparé le temps d'une interview à un grand mouvement populaire, social, patriote", a réagi le vice-président du FN.



Laissons dans cette note ces questions ouvertes (de même que celle du transfert de la "fonction tribunitienne" du PCF au FN), et regardons si le FN d'aujourd'hui est ou non comparable au PCF d'hier…

Un constat s'impose au préalable : historiquement, l'anticommunisme constitue, avec l'antigaullisme, le terreau de l'extrême droite représentée à partir de 1972 par le Front national. Notons pour l'anecdote que son secrétaire administratif dans les années soixante-dix était Victor Barthélémy, un ancien de la Section française de l'internationale communiste (SFIC) passé dans les années trente avec Jacques Doriot "du communisme au fascisme", titre de ses mémoires (Du communisme au fascisme. L'histoire d'un engagement politique, Albin Michel, 1978). Au-delà, qu'en est-il sur le fond ?

Première convergence : l'opposition à une Europe supranationale. Le manifeste électoral du PCF pour les élections européennes de 1979 comporte vingt propositions, parmi lesquelles "défendre l'indépendance nationale en excluant toute forme de supranationalité" et "préserver la souveraineté de décision de tout État membre par le strict maintien de la règle de l'unanimité au sein du conseil des ministres". Ses candidats s'engagent donc à "défendre résolument l'indépendance de la France, la souveraineté de son peuple, la sauvegarde de leurs intérêts". Encore faut-il préciser que ce souverainisme est à l'époque aussi porté par le courant chevènementiste du PS ou par le RPR néo-gaulliste ("appel de Cochin" de Jacques Chirac). C'est pourquoi ­Michel Rocard, chef de file politique de la "deuxième gauche", évoque une "alliance PCF-RPR soudée par la plus dangereuse des passions, le nationalisme" (12/12/1978).

pcf-fabriquons.jpgDeuxième convergence : le protectionnisme. "Ceux qui parlent de reconquête du marché intérieur sans prendre des mesures pour empêcher l'invasion de notre économie par des produits étrangers se moquent du monde", expose l'économiste du PCF Philippe Herzog en défendant, le 14 avril 1981, la candidature de Georges Marchais. Dès 1970, deux affiches présentent le Parti communiste français en tant que "parti de la classe ouvrière, du peuple, de la nation".

Le 5 septembre 1977, Le Nouvel Observateur titre sur "les élections et le nationalisme, la France du cocorico" en relatant notamment la manifestation organisée par le PCF, le 12 juillet 1977, devant le siège de la compagnie américaine TWA aux Champs-Élysées afin d'exiger le droit du Concorde d'atterrir à New York. Un film de Théo Robichet en a conservé la mémoire des slogans : "Boeing go home", "Avec le PCF défendons l'industrie aéronautique. Il y va de l'intérêt national", "Ils veulent briser les ailes du Concorde, défendons-le !", "Giscard, Chirac assez d'abandons ! Pas de Concorde à New York, pas de Boeing à Paris !", "Ils ferment nos usines. Ils investissent à l'étranger : Fabriquons français !".

pcf-produits.pngLe PCF lance ensuite plusieurs campagnes afin de protéger le "produisons français" ou "fabriquons français". Il va jusqu'à éditer des autocollants "spécialement conçus pour être apposés sur les machines ou les produits d'origine étrangère". Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, incarnation syndicale de la "deuxième gauche", fustige alors, le 1er février 1979, dans France Soir, "la xénophobie et le nationalisme" du PCF et de la CGT.

Faisant le lien entre l'économie et l'Europe, Pierre Juquin lance le 26 juillet 1978, à Toulouse, la campagne du PCF contre l'élargissement de la Communauté économique européenne à la Grèce, à l'Espagne et au Portugal autour du slogan "vivre au pays, produire français" (allusion également au slogan occitaniste "volem viure al païs"). Le Parti communiste français reçoit aussitôt les foudres du Parti communiste d'Espagne, qui accuse son homologue français de "réveiller les démons réactionnaires". Il est vrai que Georges Marchais s'oppose parallèlement à l'"euro-communisme" inventé par l'Espagnol Santiago Carrillo (qui finira par quitter le PCE) et l'Italien Enrico Berlinguer.

Toujours en économie, Marine Le Pen est aujourd'hui la seule, avec Jean-Luc Mélenchon, à vouloir des nationalisations, comme la gauche du "programme commun" (1972-1977). Si le PS a définitivement tourné le dos à cette orientation depuis son tournant social-libéral de 1983, il ne s'agit toutefois pour le FN que de "nationalisations partielles et temporaires des banques de dépôt" ou de "nationalisations temporaires" de sites industriels (en particulier Florange) au nom d'une intervention stratégique de l'État.

Troisième convergence, partielle : l'immigration. Le 6 janvier 1981, dans une lettre adressée au recteur de la Mosquée de Paris et publiée dans L'Humanité, Georges Marchais dénonce "l'immigration massive" qui permet au patronat "d'exercer une pression sur les salaires" à la baisse. "Il faut arrêter l'immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage", poursuit-il. Dans sa présentation des "principales propositions économiques" pour l'élection présidentielle de 1981, Le Monde cite donc à la rubrique "lutte contre le chômage" l'"arrêt de l'immigration" chez trois candidats: Jacques Chirac, Michel Debré et Georges Marchais.

Revenons à sa lettre ouverte. "Quand la concentration devient très importante (…) la crise du logement s'aggrave ; ​les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d'aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d'ouvriers et d'employés. L'enseignement est incapable de faire face et les retards scolaires augmentent chez les enfants, tant immigrés que français. Les dépenses de santé s'élèvent", égrène le député du Val-de-Marne.

De fait, le PCF dirige en banlieue de nombreuses villes où se concentrent les populations immigrées. C'est dans ce contexte que Paul Mercieca, maire de Vitry-sur-Seine, démolit au bulldozer, le 24 décembre 1980, le chantier d'un foyer destiné à loger de jeunes travailleurs français mais où s'étaient illégalement installés des travailleurs immigrés. "J'approuve son refus de laisser s'accroître dans sa commune le nombre, déjà élevé, de travailleurs immigrés", avance Georges Marchais en promouvant, à l'inverse, de la mixité sociale, c'est-à-dire "une répartition équitable des travailleurs immigrés entre toutes les communes".

Il n'empêche, les déclarations du secrétaire général du PCF ne sont pas sans ambiguïté. S'il dit rejeter "la notion non scientifique et raciste d'un prétendu «seuil de tolérance»", cette idée est bien présente dans son texte. "Ainsi se trouvent entassés dans ce qu'il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français", écrit-il en effet. "En finir avec les ghettos qui favorisent le racisme", clame en outre une affiche du PCF.

Autre ambiguïté : cette affiche, justement rediffusée par L'Humanité afin de répondre au parallèle opéré par François Hollande, promet "garantie du droit d'asile et regroupement familial" (instauré en 1976 par Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac et Michel Durafour). Dans le même temps Georges Marchais estime néanmoins que "la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l'immigration posent aujourd'hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables". Bel exemple de double discours!



Comparaison n'est cependant pas raison jusqu'au bout. "Il faut donner aux travailleurs immigrés les mêmes droits sociaux qu'à leurs camarades français", plaide le candidat du PCF à l'élection présidentielle de 1981, aux antipodes cette fois de la préférence nationale ultérieurement théorisée par le FN.

Il s'agit en revanche bien d'égalité des droits sociaux et non d'égalité des droits politiques: lors des discussions du "programme commun", le PS se heurte au PCF et au MRG sur l'octroi du droit de vote aux étrangers pour les élections municipales (cf. François Loncle, Autopsie d'une rupture. La désunion de la gauche, Jean-Claude Simoën, 1979). Déposée au Sénat le 20 décembre 1977 par le groupe communiste, la proposition de loi "tendant à garantir les droits et les libertés des travailleurs immigrés et des étrangers en France" ne propose ainsi que le droit de vote et d'éligibilité aux élections professionnelles (article 9). Ce n'est qu'en 1985 que le PCF rejoindra la position du PS sur le sujet.

"Il faut stopper l'immigration officielle et clandestine, mais non chasser par la force les travailleurs immigrés déjà présents en France", insiste enfin Georges Marchais, en invitant "les travailleurs immigrés et français non pas à se combattre entre eux, mais à unir leurs forces contre leurs vrais ennemis communs, les exploiteurs et ceux qui les servent."

Laurent de Boissieu
(version longue de mon article publié dans La Croix)

 

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14 avril 2015

Le FN, l'euro et la politique économique

FP.jpg"Le FN se ralliera à l'euro pour faire éclater la droite", pronostiquait il y a quelques semaines Alain Minc dans Valeurs Actuelles.

Comme si la défense de la souveraineté nationale n'était qu'un épisode de l'histoire du FN. Comme si l'idée de sortir de l'euro voire de l'Union européenne était une idée importée par Florian Philippot.

Il n'en est bien entendu rien: est-il nécessaire de rappeler que le FN a toujours été contre l'euro en particulier et contre l'actuelle construction européenne en générale?

Pour mémoire, voici des extraits du programme lepéniste pour les échéances de 2002 (Pour un avenir français. Le Programme de gouvernement du Front National, Éditions Godefroy de Bouillon, 2001):

"Si elle n'obtient pas la protection de ses intérêts, la France sortira de cette Europe-là."

"Oui, vraiment, il n'est que temps de sortir de cette Europe-là!"

"Notre pays doit donc sortir au plus vite de l'Europe de Bruxelles. Cette Europe-là est définitivement irréformable. Et il est devenu impossible de démêler les liens qui étranglent notre pays. Tranchons définitivement le nœud gordien!"

"L'exemple de la monnaie est à cet égard révélateur. Nous sommes contre l'euro qui supprime la souveraineté de la France dans le domaine économique. Mais nous ne sommes pas opposés à l'existence d'une monnaie commune fondée sur un accord particulier, permettant à l'Europe de disposer d'un instrument monétaire capable de rivaliser avec le dollar sur les marchés financiers."

"Sortir la France de l'Union européenne. Les mesures à prendre se résument en fait à une seule: la dénonciation des traités liant la France à l'Union européenne de Bruxelles (Rome, l'Acte Unique, Schengen, Maastricht, Amsterdam). Certains doutent cependant de la possibilité, au moins juridique, qu'aurait la France de sortir de l'Union européenne. C’est méconnaître, sur le plan politique, que l'histoire est un cimetière de traités présomptueusement conclus pour l'éternité."

"Retrouver les attributs de la souveraineté. La France retrouvera alors les attributs de la souveraineté : - la possession de sa monnaie et donc la maîtrise de sa politique économique et financière; (...)"

 

Ce que Florian Philippot a bien apporté au FN, en revanche, c'est une cohérence entre la dénonciation du libéralisme extérieur (protectionnisme face au libre-échangisme mondial) et une dénonciation du libéralisme intérieur (interventionnisme social-étatiste contre la remise en cause du modèle social français), en rupture avec le programme de libéralisation interne défendu hier par Jean-Marie Le Pen et aujourd'hui par Marion Maréchal - Le Pen.

Il y a donc sur ces questions trois points de divergences de fond entre l'UMP et le FN:

-> le premier, commun à l'ensemble du FN: la recouvrance de la souveraineté nationale (y compris la souveraineté monétaire).

-> le deuxième, commun à l'ensemble du FN: le protectionnisme extérieur.

-> le troisième, spécifique à la ligne Philippot: le social-étatisme (qualifiée de politique économique et sociale d'"extrême gauche" par la droite, y compris paradoxalement celle qui se réclame du gaullisme!).

 

Ce sont ces trois points qui font que la différence entre l'UMP et le FN n'est pas de degré (l'extrême droite comme prolongement extrême de la droite) mais de nature (l'extrême droite ni de droite ni de gauche). Ce sont eux qui font que le FN est handicapé entre les deux tours pour agréger l'électorat de droite.

Or, Marion Maréchal - Le Pen n'est en rupture avec l'actuelle ligne officielle du FN, portée par Marine Le Pen, que sur le troisième point économique et social, certes important. C'est en effet là, selon l'éditorialiste Yves Thréard, que "le diable se cache désormais au FN" (Le Figaro, 9 avril 2015). Tant pis si cette récente défense du modèle social français n'est pas un marqueur du FN, puisqu'elle correspond par ailleurs - avec des nuances - aux idées passées ou présentes de Philippe Séguin, Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon, Henri Guaino ou encore Jérôme Guedj.

La remettre en cause serait pour le FN une bonne stratégie de second tour ...mais une mauvaise stratégie de premier tour car cela lui ferait perdre une partie de son électorat populaire.

Gagner le premier tour ou le second tour, tel est le dilemme auquel est confrontée Marine Le Pen pour trancher entre la ligne Philippot et la ligne Marion Maréchal - Le Pen. Reste que, pour l'instant, elle a opté en faveur de Florian Philippot.

 

10 avril 2015

Analyses autour de la crise au FN

Je crois que plus personne ne prétend que le conflit entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen serait factice et tactique.

Demeure en revanche une véritable divergence d'analyse sur la nature de ce conflit: uniquement stratégique (ne plus parler de la Seconde guerre mondiale) ou idéologique (guerre entre deux FN: FN-MLP/Philippot vs FN-JMLP/MMLP)?

Mes analyses plaident en faveur d'une fracture idéologique, tout au moins entre Florian Philippot et Jean-Marie Le Pen/Marion Maréchal - Le Pen, car je ne parviens pas à évaluer ce que pense Marne Le Pen au fond, tout en constatant que la ligne qu'elle impulse est la ligne Philippot (bien que minoritaire au sein du FN d'en bas, et peut-être même au sein du FN d'en haut).

 

- Le Front national est-il un parti comme les autres ?

 

- Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen déclenchent la guerre des deux FN

 

- Quatre questions sur Jean-Marie Le Pen et le FN

-> Jean-Marie Le Pen peut-il être exclu du FN ?

-> Jean-Marie Le Pen peut-il perdre la présidence d’honneur du FN ?

-> Jean-Marie Le Pen peut-il être candidat FN aux régionales ?

-> Les propos de Jean-Marie Le Pen sont-ils contraires aux statuts du FN ?

 

- Le FN, une longue histoire de conflits internes

 

30 mars 2015

Le FN a-t-il gagné ou perdu les élections départementales?

Le bilan des élections départementales est en demi-teinte pour le FN: électoralement positif mais décevant pour lui en ce qui concerne le nombre d'élus.

 

Les plus:

- confirmation d'une tripolarisation entre un bloc de gauche dominé par le PS, un bloc de droite dominé par l'UMP – tous les deux autour de 30% des suffrages exprimés – et le FN seul à 25%.

- confirmation de son socle électoral autour de 5 millions de voix:

-> 5,1 millions d'électeurs aux départementales de 2015

-> 4,7 millions d'électeurs aux européennes de 2014

-> 6,4 millions d'électeurs à la présidentielle de 2012

- progression aux élections départementales (ex-cantonales) en suffrages exprimés:

-> 25,24% en 2015 au premier tour contre

-> 15,06% en 2011 (moitié des cantons)

-> 4,85% en 2008 (autre moitié des cantons)

- progression aux élections départementales (ex-cantonales) en élus:

-> 62 en 2015 (dont 8 au premier tour)

-> 2 en 2011 (moitié des cantons)

-> 0 en 2008 (autre moitié des cantons)

- confirmation de son maillage territorial:

-> présence dans 93% des cantons en 2015

-> présence dans 71% des cantons en 2011 (moitié des cantons)

-> présence dans 51% des cantons en 2008 (autre moitié des cantons)

- confirmation de son ancrage dans ses bastions (Sud-Est, Nord-Est), en s'appuyant désormais sur des élus locaux en voie de notabilisation.

- confirmation de sa progression dans ses terres de mission (Centre, Ouest), au point dorénavant d'être en mesure de se qualifier au second tour dans un grand nombre de territoires.

 

Les moins:

- élection de seulement 62 conseillers départementaux sur 4.108 (1,5% des élus).

- isolement fatal dans un scrutin majoritaire (uninominal ou binominal) à deux tours: on ne peut pas à la fois dénoncer l'"UMPS" et attendre l'appoint en duel de second tour avec la droite ou avec la gauche d'électeurs PS ou d'électeurs UMP.

- manque de crédibilité et extrémisme d'une partie de ses candidats, cadres et militants restés sur la ligne historique du FN.

 

 

Lire aussi: carte interactive de Gauthier Vaillant, Départementales 2015: scores du FN au second tour par canton

Départementales 2015 FN

 

22 mars 2015

Comment lire les résultats des élections départementales?

À chaque élection, les résultats officiels du ministère de l'intérieur nécessitent d'être retravaillés afin d'avoir une vision plus juste et plus précise des rapports de force électoraux.

Il s'agit de vérifier l'appartenance politique de l'ensemble des candidats, comme je l'ai fait pour les 10.361 candidats aux élections cantonales de 2011 ou pour les 6.603 candidats aux élections législatives de 2012.

Pour les 18.194 candidats aux élections départementales de 2015 (36.388 en comptant les suppléants!), nous sommes plusieurs à nous être attelés à cette tâche.

À suivre...

 

En attendant, voici un exemple de la difficulté des étiquettes du ministère de l'Intérieur avec un cas pratique: la gauche hors PS en Corrèze.

Dans ce département s'est créé un "Rassemblement pour une alternative à gauche", unissant le Front de Gauche (FDG), EELV et Nouvelle Donne (ND).

Logiquement, le ministère de l'intérieur devrait proposer une rubrique FDG-EELV étant donné la fréquence de cette alliance. Tel n'a pas été le choix de Beauvau, qui a décidé de classer en "divers gauche" les binômes FDG-EELV.

Et encore, ce classement n'est que théorique. C'est ainsi que dans les 19 cantons de Corrèze cette alliance se trouve éparpillée entre:

- 8 binômes du Front de Gauche

- 7 binômes divers gauche (dont FDG-EELV ou PCF-autre composante du Front de Gauche!!!)

- 4 binômes du PCF

 

 

Pour finir, voici les nuances retenues par le ministère de l'intérieur:

BC-EXG Binôme Extrême gauche
BC-FG Binôme du Front de Gauche
BC-PG Binôme du Parti de Gauche
BC-COM Binôme du Parti communiste français
BC-SOC Binôme du Parti Socialiste
BC-UG Binôme Union de la Gauche
BC-RDG Binôme du Parti radical de gauche
BC-DVG Binôme Divers gauche
BC-VEC Binôme d'Europe-Ecologie-Les Verts
BC-DIV Binôme Divers
BC-MDM Binôme du Modem
BC-UC Binôme Union du Centre
BC-UDI Binôme Union Démocrates et Indépendants
BC-UMP Binôme Union pour un Mouvement Populaire
BC-UD Binôme Union de la Droite
BC-DLF Binôme Debout la France
BC-DVD Binôme Divers droite
BC-FN Binôme Front National
BC-EXD Binôme Extrême droite

 

Au regard de l'offre politique, voici au minimum les nuances qui me sembleraient pertinentes:

BC-EXG Binôme Extrême gauche
BC-FG Binôme du Front de Gauche
BC-FGEC Binôme alliance Front de Gauche - Europe-Ecologie-Les Verts
BC-VEC Binôme autonome d'Europe-Ecologie-Les Verts
BC-ND Binôme autonome de Nouvelle Donne
BC-SOCFG Binôme alliance PS - Front de Gauche
BC-UG Binôme alliance PS - Europe-Ecologie-Les Verts - Front de Gauche
BC-SOCEC Binôme alliance PS - Europe-Ecologie-Les Verts
BC-SOC Binôme du Parti Socialiste (dont autres alliés)
BC-RDG Binôme autonome du Parti radical de gauche
BC-DVG Binôme Divers gauche
BC-DIV Binôme Divers
BC-ECO Binôme autres Ecologistes
BC-REG Binôme Régionalistes
BC-DVC Binôme Divers centre
BC-MDM Binôme autonome du Modem
BC-UC Binôme Union Démocrates et Indépendants - Modem
BC-UDI Binôme autonome Union Démocrates et Indépendants
BC-UD Binôme UMP-UDI
BC-UMP Binôme Union pour un Mouvement Populaire (dont autres alliés)
BC-DVD Binôme Divers droite
BC-DLF Binôme Debout la France
BC-FN Binôme Front National
BC-EXD Binôme autres Extrême droite

Ensuite, chacun peut agréger comme il veut, mais au moins en partant tous d'une base incontestable! Avec bien trois blocs à comparer:

- PS et alliés (BC-SOCFG + BC-UG + BC-SOCEC + BC-SOC)

- UMP et alliés (BC-UD + BC-UMP)

- FN

15 mars 2015

Les Républicains et les confrères

Le 30 décembre 2014, je révèle dans La Croix - alors que tout le monde parle à l'époque du nom Le Rassemblement - que l'UMP pourrait s'appeler Les Républicains, et que trois logos ont été déposés à l'INPI:

 

Le 14 mars 2015, le JDD présente cette éventualité et ce dépôt à l'INPI comme une "INFO JDD"!

 

13 mars 2015

Debout la France - Ligue du Sud: le paradoxe de Nicolas Dupont-Aignan

Quel paradoxe!

 

Rien ne sépare vraiment idéologiquement le national-républicain Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, du national-républicain Florian Philippot, vice-président du FN.

Malgré cette proximité idéologique, Nicolas Dupont-Aignan refuse toute alliance avec le FN en raison de la non rupture de Marine Le Pen avec le FN historique: Jean-Marie Le Pen en est par exemple toujours le président d'honneur et la tête de liste aux différentes élections dans le Sud-Est.

Autre incompatibilité: la cohabitation au sein du FN de l'aile nationale-républicaine avec une aile "identitaire" (incarnée de façon modérée et erratique par Marion Maréchal - Le Pen ou de façon radicale et 'systémisée' par des Identitaires ralliés).

 

Sauf que la cohérence idéologique de fait revendiquée par Nicolas Dupont-Aignan tombe à plat: aux élections départementales, Debout la France a en effet conclu un accord avec la Ligue du Sud de Jacques Bompard dans le Vaucluse (au moins cantons de Sorgues et de Carpentras, où le conseiller général sortant FN Patrick Bassot se présente par ailleurs sous l'étiquette DLF) et dans les Alpes-de-Haute-Provence ("Union des patriotes des Alpes-de-Haute-Provence").

Or, la Ligue du Sud a été créée à la fois sur une base régionalo-"identitaire" (sur le modèle de la Ligue du Nord italienne) et contre la mutation du FN sous l'influence de Marine Le Pen. Bref, aux antipodes de Debout la République France!

 

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11 mars 2015

Quand le FN recrute chez les Identitaires

Malgré la ligne nationaliste-républicaine de Marine Le Pen et Florian Philippot, le FN présente aux élections départementales des candidats issus des Identitaires:

Aulde MAISONNEUVE Titulaire 06 Nice-2 C2011, M2014 Nissa Rebela
Jeanne MARTIN Titulaire 06 Nice-4 M2014 Nissa Rebela
Benoît LOEUILLET Titulaire 06 Nice-7 C2011, M2014 Nissa Rebela
Éric DE LINARES Suppléant 06 Nice-7 C2011, M2014 Nissa Rebela
Odile TIXIER DE GUBERNATIS Titulaire 06 Nice-8 M2014 Nissa Rebela
Christelle CIVEAUX Titulaire 37 Saint-Cyr-sur-Loire * Vox Populi Turone
Pierre-Louis MÉRIGUET Titulaire 37 Saint-Cyr-sur-Loire   Vox Populi Turone
Xavier GUILLEMOT Titulaire 56 Lanester   MRB
Damien BAUDRY Titulaire 58 Nevers-1 C2011* Bloc Identitaire
Stéphane SOMAZZI Titulaire 58 Fourchambault C2011* Bloc Identitaire
Marie-Hélène DE ALMEIDA Titulaire 58 Luzy C2011 Bloc Identitaire
Arnaud MENU (NAUDIN) Titulaire 72 Le Mans-7   Bloc Identitaire
Hervé DE LÉPINAU Titulaire 84 Carpentras C2011** Ligue du Sud
Valérie MEREAU Suppléant 92 Gennevilliers L2012 Jeune Bretagne

C2011: candidat aux cantonales 2011, L2012: candidat aux législatives 2012, M2014: candidat aux municipales 2014. *déjà candidats RBM aux municipales de 2014; **député suppléant de Marion Maréchal - Le Pen, a quitté la Ligue du Sud et adhéré au FN le 20/10/2014.

 

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09 mars 2015

Le FN est-il républicain?

Le Front national est-il républicain?

La première difficulté pour répondre à cette question réside dans la définition de ce qui est et de ce qui n'est pas la république (avec ou sans majuscule).

 

1. La république comme forme de gouvernement.

La définition la plus objective de la république est la république comme forme de gouvernement, par opposition à monarchie.

Dans cette perspective, le FN, comme l'ensemble des partis représentés au Parlement, est républicain.

 

2. La République comme ensemble de valeurs.

En France, la République (avec une majuscule) se confond historiquement avec les valeurs jacobines: la souveraineté nationale, la liberté, l’égalité (égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion), la fraternité, son caractère indivisible, laïque, démocratique (le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple) et social. Partant de là, entre objectivité et subjectivité, il y a autant de raisons de considérer que le FN est ou n'est pas républicain. Que le PS est ou n'est pas républicain. Que l'UMP est ou n'est pas républicaine.

 

3. La République comme arc démocratique.

La définition la plus subjective de la République est la République comme arc démocratique au sein duquel on considère que peut se dérouler l'alternance démocratique. Il s'agit là d'un choix politique personnel et non d'une interdiction institutionnelle: il ne s'agit pas de dissoudre les partis considérés comme antirépublicains (sauf groupes de combat et milices privées), mais de dresser autour d'eux un cordon sanitaire électoral, de les "stigmatiser" comme dirait Manuel Valls.

Reste à définir cet arc démocratique (ce que ne fait pas Manuel Valls).

 

Alain Minc en avait donné il y a longtemps sa propre définition en parlant de "cercle de la raison", c'est-à-dire tous les partis qui soutiennent l'actuelle construction européenne et défendent, ce qui va de pair, le libéralisme économique (le débat économique et social au sein de ce "cercle" n'étant pas de nature - pour ou contre le libéralisme économique - mais uniquement de degré - un libéralisme plus ou moins social).

 

Quelle pourrait en être ma définition? Si j'aurais du mal à en donner une définition positive (sauf à renvoyer à mon point 2. sur la République comme ensemble de valeurs), il est plus facile d'en donner une définition négative: n'est pas républicain

- celui qui est condamné pour détournement de fonds publics (avec une peine d'inéligibilité pouvant être selon moi perpétuelle).

- celui qui est condamné au titre de la législation relative à la lutte contre le racisme (avec une peine d'inéligibilité pouvant être selon moi perpétuelle).

- celui, en raison du caractère spécifique de ce crime contre l'Humanité, qui nie l'existence de la Shoah (je ne tranche pas ici la question de savoir si cela doit être une opinion ou un délit).

- celui qui défend une conception raciale de la communauté nationale (Jean-Yves Le Gallou: "Le Français de souche, c'est un Français blanc").

 

Dès lors, le Front national est-il républicain?

- non sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, qui s'était lui-même placé en dehors de l'arc démocratique en raison de ses convictions (Jean-Marie Le Pen: "Oui, je crois en l'inégalité des races") et de ses dérapages verbaux répétés.

- oui sous la présidence de Marine Le Pen (quoi qu'on pense par ailleurs de son programme), toute l'ambiguïté provenant de la coexistence interne de deux FN:

-> le FN républicain de Marine Le Pen et Florian Philippot, qui tient la ligne officielle du parti mais semble minoritaire à sa base.

-> le FN antirépublicain, incarné hier par Jean-Marie Le Pen et aujourd'hui par Marion Maréchal - Le Pen (cette dernière emploie par exemple l'expression racialiste "Français de souche"), qui semble majoritaire à la base du parti (comme l'illustrent les idées et nombreux dérapages de candidats FN aux élections départementales), en fait souvent bien plus proche des Identitaires que de la ligne Marine Le Pen - Florian Philippot.