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13 septembre 2020

Combien de sénateurs sortants de droite, de centre et de gauche?

Combien de sénateurs sortants de droite, de centre et de gauche? La question semble simple pour qui est éloigné de la vie politique. Elle est en réalité complexe pour qui a besoin de chiffres précis.

Dans la perspective des élections sénatoriales du 27 septembre 2020, comme avant chaque scrutin je prépare en effet des infographies. Deux d'entre elles concernent le Sénat sortant:

-par groupe politique, ce qui ne présente aucune difficulté;

-par positionnement politique sur l'axe droite-gauche, ce qui est davantage complexe.

 

Cette complexité s'explique par trois raisons:

-l'émergence d'un centre macroniste à vocation majoritaire, alors qu'entre 2007 et 2017 le centre n'était globalement incarné que par la poignée de parlementaires MoDem, facilement identifiables.

-l'existence au Sénat de groupes historiques unissant des élus ayant des positionnements politiques divergents:

--de gauche, de centre ou de droite au Rassemblement démocratique et social européen (RDSE);

--de centre ou de droite à l'Union centriste (UC).

-le décalage entre:

-- d'une part, la vie politique nationale, c'est-à-dire la frontière entre la majorité gouvernementale (de centre) et les oppositions (de droite et de gauche);

--d'autre part, la majorité sénatoriale de Gérard Larcher, qui unit la droite et une partie du centre.

 

Comment, malgré tout, réaliser cette infographie? Par postulat, je positionne:

-à droite, les élus qui siègent au Groupe Les Républicains (LR, 144 membres);

-à gauche, les élus qui siègent au Groupe socialiste et républicain (SOCR, 71) et au Groupe communiste républicain citoyen et écologiste (CRCE, 16);

-au centre, les élus qui siègent au Groupe La République En Marche (LREM, 23) et au Groupe Les Indépendants - République et Territoires (LIR-RT, 13).

 

J'ai donc 267 sénateurs classés: il m'en reste 81 (51 UC, 24 RDSE, 6 NI-RASNAG).

Des tris avec mon tableur prenant en compte les rattachements financiers (tous les ans, pour le financement public de la vie politique) et des votes importants me permettent de classer:

- 9 RDSE à gauche

-12 RDSE au centre (dont 3 oscillants entre la majorité de centre et l'opposition de gauche*)

- 1 RDSE à droite

-25 UC au centre (dont 14 oscillants entre la majorité de centre et l'opposition de droite**)

-24 UC à droite

- 5 NI-RASNAG à droite

- 1 NI-RASNAG à l'extrême droite

J'ai donc 344 sénateurs classés: il m'en reste 4.

 

Les quatre concernés, pour lesquels je dois effectuer une recherche individuelle, sont:

-Pascal Martin (UC, Seine-Maritime), devenu sénateur le 1er octobre 2019; je le classe au centre

-Guylène Pantel (RDSE, Lozère), devenue sénatrice le 4 mars 2020; je la classe à gauche

-Stéphane Cardenes (UC, Gard), devenu sénateur le 18 juin 2020; je le classe à droite

-Danièle Garcia (RDSE, Bouches-du-Rhône), devenue sénatrice le 3 août 2020; je la classe à gauche

 

* Éric Gold, Jean-Noël Guérini, Jean-Yves Roux.

** Gérard Poadja (Calédonie ensemble/UDI), Olivier Cadic (UDI), Vincent Delahaye (UDI), Yves Détraigne (UDI), Nassimah Dindar (UDI), Nathalie Goulet (UDI), Olivier Henno (UDI), Nuihau Laurey (Tapura huiraatira/UDI), Jacques Le Nay (UDI), Jean-François Longeot (UDI), Pierre Louault (UDI), Jean-Pierre Moga (UDI), Jean-Claude Luche (double appartenance UDI et Mouvement radical), Jean-Marie Bockel (UDI).

 

03 septembre 2020

Les grandes figures de la droite

Je vous invite à lire mon article dans La Croix:

Livre : ces figures qui ont incarné les droites en France

couverture du livre

 

(Version longue de mon article)

Livre : ces figures qui ont incarné les droites en France

Un ouvrage collectif nous plonge dans une « histoire incarnée » de la droite en vingt-et-un tableaux, du pamphlétaire royaliste Antoine de Rivarol (1753-1801) aux présidents de la République Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

 

Après Les figures de proue de la gauche depuis 1789, Perrin publie Les grandes figures de la droite (408 pages, 22 €). Le premier était rédigé sous la direction de l’historien Michel Winock, le second l’est, en partenariat avec Le Figaro Magazine, sous celle des journalistes Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard.

La droite existe-t-elle ?

L’ouvrage soulève d’emblée une difficulté, celle de la définition même de la droite. « La droite n’existe pas », écrivent d’ailleurs les auteurs dans la préface, constatant que le mot englobe des « tendances distinctes et parfois opposées au point de faire d’elle tout sauf un bloc idéologique ». Ou encore : « Se définissant plus par ce qu’elle rejette que par ce qu’elle est ou croit être, la droite est donc un savon. Décrire le destin de ses figures de proue ne permet pas de l’attraper, et sans doute pas de dire son histoire dans sa globalité. Mais à tout le moins de l’éclairer d’un jour vivant, animé, incarnée. »

Cette idée d’incarnation est la réponse trouvée par Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard : « [La droite] est gazeuse. Elle ne prend forme solide, physique, que lorsqu’elle est incarnée par un "sauveur" - figure du pouvoir charismatique chère à Max Weber -, qui, par son action ou son œuvre, fédère les bonnes volontés et les énergies. Et encore ces moments sont-ils toujours éphémères. Ils durent ce que dure la vie de ses hérauts. Ce qui n’empêche pas leur héritage - moral, intellectuel, politique ou spirituel - de se transmettre. En s’amendant. En s’affinant. En se réinventant (…) À rebours de la gauche, qui se pense en collectif, [la droite] se définit d’abord par ses individualités. La gauche se veut guidée par les idées, la droite est conduite par des hommes. »

Idéologie ou géographique parlementaire

La question de la définition se pose symétriquement pour la gauche, « multiple, plurielle, contradictoire, au point qu’il est difficile de parler de la gauche au singulier », écrivait Michel Winock dans la préface du précédent ouvrage. Avec une solution différente pour la surmonter : « Nous avons donc pris la définition dans sa plus grande extension, de la gauche la plus modérée - mais de gauche néanmoins en son temps, face à des adversaires de droite - à la plus révolutionnaire. » Bref, la gauche c’est - quelle que soit leur famille idéologique d’appartenance - tous ceux qui siègent à la gauche des assemblées parlementaires, face à des adversaires siégeant à sa droite.

Cette définition géographique présente un avantage : elle permet de tenir compte du fait que, dans l’espace ou dans le temps, les représentants d’un même courant idéologique peuvent indifféremment siéger à droite ou à gauche - sans oublier au centre - de l’hémicycle. Cette entreprise en est la preuve, puisqu’une personnalité et portraituré dans les deux livres : le libéral Benjamin Constant (1767-1830). De gauche, car au XIXe siècle les libéraux représentaient la gauche face à la droite conservatrice ou réactionnaire. De droite, car, au XXe siècle, les libéraux ont été poussés à droite avec l’émergence de la nouvelle gauche socialiste. Dès 1932, dans Les idées politiques de la France, Albert Thibaudet avait analysé « ce mouvement vers la gauche, ce sinistrisme immanent » poussant vers la droite des assemblées d’anciennes forces de gauche.

Réparer une injustice

La seconde difficulté consiste à sélectionner des personnalités. Le livre sur les figures de la gauche en avait retenu trente ; celui sur la droite est plus sélectif, avec vingt-et-un portraits. Forcément, le choix opéré est critiquable. S’y trouvent des contre-révolutionnaires, des libéraux et des conservateurs, des nationalistes, des bonapartistes et des gaullistes. Mais, étonnamment, aucun catholique social ou démocrate-chrétien, aucune figure notamment de l’Action libérale populaire d’Albert de Mun et Jacques Piou, qui fut le premier parti de masse de droite avant la première guerre mondiale. Parmi les autres grands absents : Paul Déroulède et le général Georges Boulanger, Louis Marin et le colonel François de La Rocque. La présence de Simone Veil, qui a fortement marqué l’histoire sociale mais pas particulièrement celle de la droite, interroge en revanche.

Il n’en demeure pas moins que ce passionnant voyage dans le temps contribue à réparer une injustice : les grandes figures historiques de la gauche sont souvent davantage connues du grand public que celles de la droite. Pourtant, comme les contributions l’illustrent parfaitement, « il y a de la fantaisie, de l’éclat, du tragique, du flamboyant, du ridicule, de la passion dans les vies tout sauf linéaires de ces hommes et de ces femmes qui ont choisi de servir une cause qu’ils estimaient juste, voire supérieure ».

À commencer par la duchesse de Berry (1798-1870), royaliste légitimiste et romantique, qui tenta de soulever par une « chouannerie burlesque » la Vendée en 1832. Ou André Tardieu (1876-1945), « mort dans la solitude et l’indifférence, antichambres de l’oubli dont il continue à souffrir », dont les propositions constitutionnelles, « incomprises en leur temps », ont inspiré la Ve République gaulliste.

Laurent de Boissieu
La Croix, 01/09/2020

31 août 2020

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29 avril 2020

Reprise des messes avec fidèles: prudence ou précipitation?

Comme je l'ai écrit sur Twitter, le 22 avril, "catho pratiquant, la communion et la messe en paroisse me manquent".

J'ajoute ici que c'est dans l'impatience et la joie, avec une réelle gourmandise spirituelle, que j'attends ma première eucharistie d'après le confinement (si possible sous les deux espèces, par intinction si c'est permis). Elle aura un goût intérieur particulier.

Presque, précisément, comme une première communion. Car de la première communion de ma vie chrétienne, je n'ai qu'une vague mémoire sensorielle. Celui du moment où, tous assis dans l'église, nous avions porté à la bouche notre première hostie, non consacrée.

Quant aux deux autres sacrements de l'initiation catholique, je n'ai de fait aucun souvenir de mon baptême, mais un souvenir vivant de ma confirmation. Ayant décliné de la recevoir adolescent, car mon lien avec l'Église relevait alors davantage de l'héritage familial que d'une démarche personnelle, jeune adulte j'ai donné tout son sens à cette décision en vivant pleinement ce sacrement après l'éveil de ma foi chrétienne. Je l'ai revécu plus récemment en accompagnant mon filleul et neveu, main sur son épaule, vers l'évêque.

 

Dans ce même tweet du 22 avril, je poursuivais en expliquant que "je ne comprendrais pas une reprise rapide des offices (auxquels participent beaucoup de personnes âgées) après le 11 mai. Si on soulage urgences et réa c’est pour se préparer aux prochaines vagues épidémiques."

Mardi 28 avril, le premier ministre Édouard Philippe a présenté le plan de déconfinement progressif à partir du lundi 11 mai, en exposant que les rassemblements religieux, comme tous les autres rassemblements, resteraient interdits jusqu'au mardi 2 juin*. Bref, ce n'est qu'à partir de cette date que les messes avec fidèles (missa cum populo) pourront reprendre. Et que nous pourrons donc tous à nouveau communier.

Personnellement, je trouve que cette date est, d'une part trop tardive pour les bassins de vie où le virus n'est pas présent (s'il y en a), d'autre part judicieuse - à quelques jours près - pour ceux où le virus circule (R0>1). Nous savons en effet tous que le déconfinement progressif s'accompagnera d'un nouveau flux épidémique. L'inconnu, c'est son ampleur et sa durée (vague ou vaguelette?), avec l'objectif que les urgences hospitalières et les services de réanimation ne soient pas saturés.

Si j'ai bien compris, la durée d'incubation du virus est de quatorze jours maximum (le chiffre de vingt-et-un jours a même circulé un moment): 11 + 14 = 25 mai. Bref, la date la plus pertinente pour reprendre les rassemblements religieux là où le virus circule me semble, théoriquement le lundi 25 mai, pratiquement le vendredi 29 mai**, sauf évidemment si l'épidémie a redémarré. Je regrette donc le choix du mardi 2 juin et non du week-end précédent.

 

Sur Twitter, ma prudence et mon souci des fidèles les plus âgés et/ou fragiles ont été attaqués par la sphère catho-conservatrice-tradi (je donne par défaut ce nom imparfait pour englober: Michel Janva et Le Salon Beige, le Cercle Anjou Conférences et les signataires de l'appel d'Angers, le magazine L'Étudiant Libre, l'abbé Guy Pagès, le chroniqueur anonyme de Valeurs Actuelles Père Danziec***).

Là où je vois chez le gouvernement un choix - que tout à chacun peut bien entendu critiquer - dicté par des préoccupations sanitaires nationales****, eux y calquent leurs présupposés idéologiques en y voyant "le signe d'un pouvoir tyrannique, expression de la guerre du laïcisme, du matérialisme et du légalisme contre le catholicisme" (selon les mots de Guillaume Bernard*****).

 

Pour conclure, voici justement ce qu'a dit le Pape François, ce mercredi 29 avril, dans sa messe matinale à Sainte-Marthe:

 

 

* Je laisse de côté le raisonnement fallacieux consistant à prétendre que traiter un rassemblement religieux comme un rassemblement non religieux (festif, sportif, ludique etc.) reviendrait à considérer qu'ils sont de même nature: bien sûr que non, mais dans les deux cas il s'agit bien d'un rassemblement de personnes.

** Puisque le bilan épidémiologique par département a été fixé tous les jeudis: il faudra donc attendre celui du jeudi 28 mai.

*** Je ne cite que les plus connus, en omettant bien entendu la flopée de comptes anonymes d'extrême droite et parfois injurieux, envers l'Église catholique ou envers moi.

**** Je laisse cette fois de côté la parallèle stupide entre les rassemblements religieux et l'ouverture des commerces. D'une part, ceux-ci sont des lieux ouverts en continu dans la journée et où les clients circulent (il faudrait que tous les curés puissent précisément planifier le nombre de paroissiens présents). D'autre part, c'est méconnaître la spécificité pratique de la communion sacramentelle (il faudrait que les fidèles puissent communier avec leur masque sans toucher celui-ci [déjà, en avoir pour tous], se laver les mains avant/après la communion avec du gel hydroalcoolique [déjà, en avoir pour tous]).
Je laisse également de côté le parallèle, certes davantage pertinent, avec les
établissements scolaires ...car le Conseil scientifique plaidait justement en faveur d'une reprise qu'en septembre!

***** Au-delà de nos réelles divergences, j'ai une petite tendresse pour Guillaume Bernard, d'une part parce qu'il semble être, lui, un honnête homme dans ce milieu souvent agressif, d'autre part car il a mis au goût du jour un mot que j'emploie depuis toujours dans mes cours: dextrogyre (La guerre à droite aura bien lieu. Le mouvement dextrogyre, Desclée De Brouwer, 2017).