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07 juin 2012

MPF et CNIP: partis ou sociétés secrètes?

 

J'aime la diversité de la vie politique, et je ne fais pas partie des journalistes qui ne savent compter que jusqu'à deux.

 
Professionnellement, en conférence de rédaction je n'oublie jamais de parler inlassablement de tous les partis (je propose, ensuite ma hiérarchie dispose).
 
Personnellement, je recense 717 mouvements sur mon site france-politique.fr en essayant autant que faire se peut de suivre leur vie interne.
 
Les élections constituent bien entendu le moment privilégié pour faire le point et trier entre formations vivantes, mortes ...ou agonisantes.
 
À chaque scrutin, j'affine et je corrige en effet les données du ministère de l'intérieur en détaillant l'ensemble des étiquettes partisanes (par exemple pour les cantonales de 2011: http://www.france-politique.fr/elections-cantonales-2011....). Travail fastidieux, dont la seule limite est mon temps libre.
 
De l'extrême gauche à l'extrême droite, les partis m'ont toujours envoyé la liste de leurs candidats, lorsqu'elle ne figure pas tout simplement sur leur site Internet respectif (même s'il me faut parfois distinguer entre vrais candidats dudit parti et soutiens à un candidat extérieur).
 
Le contraire serait du reste bien troublant: pourquoi donc ne pas vouloir rendre publique la liste de ses candidats à une élection?
 
À ces législatives, c'est pourtant le cas, pour la première fois, de deux formations: le Mouvement pour la France (MPF, crée par Philippe de Villiers et aujourd'hui animé de fait par Patrick Louis) et le CNIP (présidé par Gilles Bourdouleix) (1).
 
J'ignore si parmi les 168 161 visiteurs de mon site et de ce blog (2) se trouvent des électeurs, des adhérents, des militants ou des candidats de ces deux mouvements, mais, s'il y en a, qu'ils sachent qu'ils semblent voter, adhérer, militer ou se présenter non pas pour un parti politique, mais pour une société secrète!
 
 
 
Addendum: d'après mes recherches et calculs personnels, le MPF présente 46 candidats, le CNIP 29, tandis qu'il y aurait 29 divers UPF.
 
 
 
(1) Ces deux partis ont créé pour l'occasion une structure de financement commune: l'Union pour la France. Le rattachement financier des candidats et parlementaires n'est pas public. Cette opacité est antidémocratique et  scandaleuse vis-à-vis des électeurs et des contribuables, en ce qu'elle permet toutes les basses manœuvres avec de l'argent public (comme cette année avec l'URCID), mais c'est ainsi. Je n'ai donc pas demandé au MPF et au CNIP la liste de l'ensemble des candidats rattachés à l'Union pour la France, mais simplement la liste de leurs candidats respectifs.
(2) Source: visiteurs uniques Google Analytics en mai.

17 avril 2012

Profession de foi de Nicolas Dupont-Aignan

http://www.cnccep.fr/les-candidats/pdf/Nicolas_Dupont_Aig...

15 novembre 2011

La rigueur n'est pas une fatalité pour tous les responsables politiques

1481433971.jpgProposer un autre chemin que la politique de rigueur relève-t-il d'un discours de "doux rêveur", de "démagogue" ou de "populiste"? Non, répond Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République): "L'autre politique, la seule raisonnable, la seule connectée à l'économie réelle consiste au contraire à s'attaquer aux causes profondes de la dette, c'est-à-dire le manque de recettes budgétaires et sociales lié à la mondialisation qui nivelle tout par le bas et, pour la France et les pays du Sud de l'Europe, la politique suicidaire de l'euro cher qui a asphyxié un peu plus nos industries".

"La dette est devenue, pour les tenants de la politique réaliste, ce qu'était le ciel chez les Gaulois: elle pourrait nous tomber sur la tête et bien peu sont ceux qui cherchent à en contrôler la création ou à la faire payer aux plus puissants", poursuit André Bellon, ancien président socialiste de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale.

Dans un récent essai (1), celui qui préside aujourd'hui une "Association pour une constituante" dénonce les élus qui, en lieu et place du mandat octroyé par les citoyens, acceptent un mandat des marchés comme si ceux-ci "étaient des êtres vivants ou, du moins, comme s'ils étaient une force transcendantale à laquelle nul ne peut résister". Ce qui revient à "transférer la souveraineté populaire aux agences de notation", renchérit Jean-Pierre Chevènement (Mouvement républicain et citoyen).

Selon le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan, "l'UMP et le PS ont démissionné et sont entrés dans la même logique d'austérité culpabilisatrice de Pierre Laval en 1935", c'est-à-dire une politique de déflation. "Le concours du sang et des larmes repart de plus belle", dénonce parallèlement le socialiste Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), estimant que "l'austérité a fait plus de dégâts en Grèce que la dette".

La même expression de Churchill avait été employée par Marine Le Pen dans une lettre adressée cet été à Christine Lagarde, directrice générale du FMI. "Le projet de redressement que je propose aux Français est en même temps un projet d'espérance, écrit la présidente du Front national. Je ne me résous pas à la rigueur, à la dette, au marasme social et à l'austérité sans fin. Je refuse d'offrir comme seule perspective à mon peuple de la sueur et des larmes."

Comparant le énième plan de rigueur du gouvernement à "une nouvelle saignée pour l'économie française", Jean-Pierre Chevènement entend également offrir un autre horizon que celui "d'une austérité à perpétuité" dans le seul but de conserver la note "triple A" de la France.

Au-delà de l'affirmation que la politique de rigueur n'est pas une fatalité, les alternatives économiques avancées présentent cependant des convergences et des divergences. Tous plaident en faveur de l'abrogation de la loi de 1973 obligeant la France à emprunter sur les marchés financiers, alors qu'auparavant elle pouvait directement emprunter auprès de la Banque de France sans payer d'intérêts ou à un taux bien inférieur à celui des marchés.

Afin de "démondialiser" et de "relocaliser" la production, le protectionnisme est la solution commune, mais Jean-Pierre Chevènement, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan l'envisagent à l'échelon national, là où Jean-Luc Mélenchon (comme Arnaud Montebourg) le propose à l'échelon européen.

Enfin, Jean-Luc Mélenchon souhaite une dévaluation de l'euro, tandis que Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan veulent en sortir. Jean-Pierre Chevènement, lui, laisse les deux portes ouvertes: "Soit on réforme l'architecture de la monnaie unique, soit on ne peut pas car l'Allemagne s'y refuse et alors il faut envisager la mutation de la monnaie unique en une monnaie commune". Rappelant, non sans malice, que cette dernière correspondait à l'option originellement défendue par Pierre Bérégovoy à gauche et Édouard Balladur à droite.

Laurent de Boissieu
La-Croix.com, 09/11/2011

(1) Ceci n'est pas une dictature, Mille et une nuits, 179 pages, 10 €.

08 avril 2011

La percée de Marine Le Pen divise les souverainistes

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L'idée d'une alliance avec le FN émerge, mais reste minoritaire chez ceux qui promeuvent une sortie de l'euro ou un retrait de l'Union européenne

La droite souverainiste constitue une terre d'expansion naturelle d'un Front national en quête, depuis que Marine Le Pen le préside, de respectabilité et de crédibilité. De fait, le Rassemblement pour l'indépendance de la France, fondé par l'ancien parlementaire européen Paul-Marie Coûteaux, vient d'appeler à la constitution, "en vue des législatives de 2012" d'une "large alliance des patriotes", allant du FN à la "droite populaire" de l'UMP (Thierry Mariani, Lionnel Luca), en passant par le Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers ou encore Debout la république de Nicolas Dupont-Aignan.

"On ne peut pas reprocher à Marine Le Pen les maux et les mots de son père et continuer comme si elle n'avait pas reconnu que l'Holocauste est le summum de la barbarie, plaide Paul-Marie Coûteaux. Il ne s'agit pas de rallier le FN mais de créer un partenariat, en tenant compte de l'écho que Marine Le Pen rencontre dans le peuple." Ancien proche de Jean-Pierre Chevènement et Philippe Séguin, Paul-Marie Coûteaux ne dissimule pas pour autant ses divergences avec l'extrême droite, estimant notamment que "la menace majeure ce n'est pas l'islamisation mais l'américanisation".

Côté UMP, le refus de toute alliance avec le FN a été réaffirmé dans le contexte des élections cantonales par Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, sous peine d'exclusion du parti. De toute façon, seuls deux élus s'étaient récemment prononcés en faveur d'une telle alliance: le député Christian Vanneste et Xavier Lemoine, maire de Montfermeil (Seine-Saint-Denis). La passerelle idéologique entre le FN et la "droite populaire" ne fonctionne en outre pas sur la question de la souveraineté et de l'indépendance nationales – la quasi-totalité des membres de la "droite populaire" avaient approuvé les traités européens successifs –, mais sur les questions d'identité, d'immigration et de sécurité.

Le refus est tout aussi net chez les autres "partenaires" envisagés par Paul-Marie Coûteaux. "Il faut rassembler les Français sans distinction d'origine, de couleur de peau ou de religion autour d'un projet patriotique, républicain et social", expose le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan, lui-même candidat à l'élection présidentielle. "Je me distingue du FN dans la mesure où je ne stigmatise personne, où je ne montre pas du doigt les Français “récents” ou de confession musulmane. Il y a encore trop d'éléments inacceptables dans l'idéologie comme dans les soutiens de Marine Le Pen", conclut le député non-inscrit.

"Se rapprocher du FN violerait notre charte fondatrice", tranche également François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine et ancien conseiller de Paris pasquaïen. Effectivement, cette charte "commande de n'attaquer personne en raison de ses convictions religieuses ou de ses origines", "refuse tout extrémisme et tout racisme", et "proclame son attachement à la Déclaration universelle des droits de l'Homme". Favorable à un retrait unilatéral de l'Union européenne tel que juridiquement prévu par l'article 50 du traité sur l'Union, François Asselineau souligne en outre qu'"il n'existe pas de possibilité juridique de sortie groupée de l'euro" telle que la propose le FN.

Enfin, les uns et les autres estiment que l'extrême droite dessert en réalité la défense de la souveraineté nationale. "Le FN est un agent du système car il a ‘‘pestiféré'' l'idée d'une sortie de l'Union européenne en l'assimilant à un discours extrémiste, anti-arabe et anti-immigrés", regrette François Asselineau. "Marine Le Pen reste la meilleure alliée du système car elle ne peut l'emporter au second tour d'une présidentielle ni face au candidat de l'UMP, ni face à celui du PS", renchérit Nicolas Dupont-Aignan.

"Sans le FN, nous aurions une droite solide, pas d'un côté les os et de l'autre les muscles", avance Patrick Louis, secrétaire général du MPF. Bien loin de se rapprocher du FN, le parti de Philippe de Villiers, qui réunira samedi son conseil national, entend au contraire contribuer à muscler la majorité en participant prochainement à un "groupe de travail" aux côtés de la "droite populaire" de l'UMP.

Laurent de Boissieu
La Croix, 08/04/2011

16 mars 2011

Défendre la République, c'est décontaminer la pensée FN?

Ancien membre de la Fondation Marc-Bloch, je me suis senti, à mon très modeste niveau, visé par l'article publié dans Le Nouvel Observateur du 10 mars sous la plume d'Ariane Chemin ("Ils décontaminent la pensée FN" 1 2). J'ai préféré laisser la parole aux principaux intéressés (étudiant, je n'étais qu'un adhérent de base de la Fondation). Je vous invite donc à lire la réponse de Philippe Cohen (Le Pen, le Nouvel Obs et Marianne: une leçon d'histoire) et d'Élisabeth Lévy (C'est moi, la peste brune?), ainsi que celle du toujours excellent Jean-Paul Brighelli ("Je fais, tu fais, nous faisons le jeu du FN...").

Il m'a finalement paru utile de livrer au débat mes propres petites mises au point.

 

1. Ma consœur cite dans la famille des "républicains des deux rives" Philippe Séguin, Charles Pasqua, Jean-Pierre Chevènement et Philippe de Villiers. Or, ce dernier n'en fait pas partie: cet ancien membre de la composante libérale de l'UDF est un national-libéral et non un national-républicain. L'alliance, ou pas, avec Philippe de Villiers, a d'ailleurs toujours été un sujet de débats entre partisans d'une ligne strictement nationale-républicaine et partisans d'un rassemblement souverainiste (donc ouvert aux souverainistes non républicains); je me contenterai de rappeler quelques épisodes de ce débat récurrent:

- la préparation de la liste de Charles Pasqua aux élections européennes de 1999, qui devait originellement être ouverte à la gauche républicaine (Jean-Pierre Chevènement, Max Gallo, Régis Debray).

- les débats internes au Rassemblement pour la France (RPF) lors de la rédaction de la charte du parti (au passage, la ligne de clivage ne passait pas entre pasquaïens et villiéristes mais à l'intérieur des pasquaïens, entre une aile droite - Jean-Jacques Rosa, Pierre Monzani et Jean-Charles Marchiani - et une aile gauche - Paul-Marie Coûteaux, William Abitbol et Jean-Christophe Comor).

- la candidature de Jean-Pierre Chevènement à l'élection présidentielle de 2002, avec la tentative de Paul-Marie Coûteaux de rapprocher Jean-Pierre Chevènement et Philippe de Villiers.

 

2. Ma consœur écrit que "Jean-Pierre Chevènement porte sur ses épaules la défaite de Lionel Jospin" à l'élection présidentielle de 2002. Comme j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de l'écrire, ce n'est absolument pas mon analyse: la défaite de Lionel Jospin est bien plus politique (l'électorat populaire se détournant d'un PS rallié à l'Europe néolibérale depuis le milieu des années quatre-vingts) que mécanique (multiplication des candidatures "à gauche"). "Lorsque le Sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt"...

De fait, le populisme d'extrême droite progresse en Europe davantage au détriment d'une gauche sociale-démocrate convertie au social-libéralisme que de la droite libérale-conservatrice. L'intérêt de la candidature de Jean-Pierre Chevènement était d'ailleurs de proposer une alternative (une troisième voie "au-dessus de la droite et de la gauche telles qu'elles sont devenues") qui ne soit pas extrémiste. Sur la forme, cette alternative populiste et républicaine s'est même en quelques sortes retrouvée à l'élection présidentielle de 2007 dans la contestation populiste et démocrate de François Bayrou (relire à ce sujet son livre Au nom du tiers état, Hachette, 2006).

 

3. Ma consœur écrit que demeure "une troupe d'électeurs suffisante - on l'a vu en 2002 - pour faire turbuler le système et modifier le premier tour de l'élection présidentielle". Elle commet là une erreur d'interprétation. Pour Jean-Pierre Chevènement, faire "turbuler" le système c'était "en mars" atteindre 15% des intentions de vote dans les sondages et qu'en même temps l'un des deux sortants (cohabitation Chirac-Jospin) descende en-dessous de la barre des 20% afin finalement d'être qualifié au second tour le 21 avril. Bref, la troupe d'électeurs n'a en réalité pas été suffisante en 2002...

 

4. Ma consœur écrit que "depuis 2005, l'anti-pensée unique est devenue dominante".

Première question: qu'est-ce que la pensée unique? Elle a été définie en 1998 par Henri Guaino, dans L'Humanité: "La pensée unique est ce compromis passé entre les rentiers, certains héritiers de Mai-68 et les technocrates, qui débouche sur la haine de l'État, l'apologie du chacun pour soi et l'argent-roi. En d'autres termes, un mélange de conservation réactionnaire, de libéralisme et de libertarisme, qui pourrait se formuler ainsi : la loi de la jungle, plus la morale du possédant, plus l'élitisme... Le programme est clair: l'être humain est considéré comme un moyen, le travail comme une variable d'ajustement, l'exclusion comme un mode de régulation, la France comme une entreprise qui vivrait au-dessus de ses moyens. Sous-entendu: il y aurait trop de redistribution, trop de protection sociale, trop de services publics... Quant au triomphe de la pensée unique, on peut le voir dans la prise de pouvoir d'une élite qui cherche à sortir du carcan de la solidarité nationale, du modèle républicain et de la souveraineté populaire..."

Bref, la dénonciation de la pensée unique se situe sur le terrain économique et social (franc puis euro forts, libéralisations, désindustrialisation, délocalisations, etc.). Or, Ariane Chemin explique qu'"en focalisant le débat sur leurs thèmes fétiches - l'identité française, l'État, l'islam -, [les intellectuels souverainistes] ont  irrigué le champ politique qui court de Sarkozy à [Marine Le Pen] ". Voyons de plus près.

"L'État", c'est certain.

"L'identité française", pourquoi pas, à condition qu'il s'agisse d'une référence à ce qui caractérise, pour reprendre l'expression du Conseil constitutionnel, les "principes inhérents à l'identité constitutionnelle de la France" (gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple; République indivisible, laïque, démocratique et sociale). Est-ce vraiment ce qu'à en tête ma consœur? Je n'en ai pas l'impression, loin de là...

"L'islam", là, c'est carrément un contresens sur la notion de pensée unique. Ce contresens devient une contrevérité comique quelques pages auparavant, lorsque Laurent Joffrin écrit que sont notamment visés par les dénonciateurs de la pensée unique "les partisans archaïques de la République sociale"!

Cette polémique m'a donné l'heureuse occasion de me plonger dans mes archives. Et de retrouver un article du Monde, daté de mai 1998, sur les "nationaux-républicains" de "la toute nouvelle Fondation Marc-Bloch". "De Jean-Pierre Chevènement à Charles Pasqua, les pourfendeurs de la pensée unique, de la construction européenne et du mondialisme mettent en avant la défense des idéaux de la République et de la nation", écrivaient Raphaëlle Bacqué et ...Ariane Chemin. J'ai beau relire cet article, je n'y trouve aucune trace de ces soi-disant "thèmes fétiches", de l'absolutisation de l'identité nationale au rejet de l'islam. Il y a donc quelque part un problème dans le travail journalistique de ma consœur, soit hier soit aujourd'hui...

 

Seconde question: la pensée unique est-elle dominante? Je ne dois pas vivre dans la même France qu'Ariane Chemin! D'une part, je n'ai pas l'impression que les partisans d'une "autre politique" - d'Emmanuel Todd à Jean-Luc Gréau en passant par Jacques Sapir - dominent le paysage intellectuel et médiatique. D'autre part, je n'ai pas l'impression que les candidats qu'y s'en réclament peu ou prou soient en mesure d'être élus à la présidence de la République, qu'il s'agisse du républicain de gauche Jean-Luc Mélenchon (autour de 5-6% des intentions de vote dans les sondages) ou du gaulliste Nicolas Dupont-Aignan (1-2%). Reste le cas Marine Le Pen.

 

5. Marine Le Pen, républicaine?

Venons-en au fond de l'article. Le raisonnement d'Ariane Chemin (et d'un Jean-Michel Aphatie parlant de "la ligne Marianne Le Pen") est simple. La Fondation Marc-Bloch défendait la République indivisible, laïque, démocratique (souveraineté nationale) et sociale telle qu'issue du Conseil national de la Résistance. Marine Le Pen importe aujourd'hui cette référence dans ses discours. Donc la Fondation Marc-Bloc aurait "décontaminé le pensée FN". Curieux raisonnement.

Tout d'abord, tout véritable antilepéniste ne pourrait que se féliciter si Marine Le Pen, en rupture avec l'orientation historique du FN, adoptait une telle ligne, plus rien ne justifiant alors le "cordon sanitaire" autour de son parti. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le démontrer sur ce blog (ici ou ), ce n'est toutefois pas le cas, le FN demeurant antirépublicain au moins dans sa conception de la communauté nationale (différentiation entre les "Français de souche" et les Français issus de l'immigration).

Ensuite, le raisonnement consistant à affirmer qu'une idée ou qu'un sujet deviendrait infréquentable dès lors que l'extrême droite s'en saisirait me semble particulièrement contre-productif et surtout dangereux. C'est même, selon moi, là que réside le véritable piège. Je l'écrivais dès janvier 2010: "Après avoir abandonné dans les années quatre-vingt la Nation à l'extrême droite, pourquoi faut-il qu'aujourd'hui la droite et la gauche de gouvernement lui abandonnent la République?". En réalité, ce raisonnement est bien pratique, car il permet aux chiens de garde de la pensée unique de disqualifier toute pensée alternative au néolibéralisme en la marquant au fer rouge du sceau de l'extrême droite.

09 novembre 2010

Nicolas Sarkozy: un gaullisme commémoratif et désidéologisé

Nicolas Sarkozy prononcera ce mardi un discours comme il les affectionne, à Colombey-les-Deux-Églises, pour le quarantième anniversaire de la mort du général de Gaulle. L'occasion pour lui de revendiquer sa part de filiation gaulliste.

De fait, c'est par le gaullisme que le président de la République est entré en politique, puisque sa première campagne, comme un simple militant, fut celle de Jacques Chaban-Delmas à l'élection présidentielle de 1974. Dans la foulée, il adhère à l'UDR puis au RPR. "Être jeune gaulliste, c'est être révolutionnaire", s'enflamme le jeune homme à Nice, en juin 1975, lorsqu'il parle pour la première fois à la tribune d'un grand rassemblement politique. "Révolutionnaire pas à la manière de ceux qui sont des professionnels de la manif'", avait-il toutefois précisé. Philippe Dechartre (lire son portrait) révèle même qu'à cette époque, Nicolas Sarkozy alla frapper à la porte du Mouvement pour le socialisme par la participation, gaulliste de gauche.

Plus tard, Nicolas Sarkozy expliquera son engagement pour des raisons plus sociologiques et familiales que politiques et personnelles. "Culturellement, je n'étais pas de gauche et socialement, je ne me sentais pas giscardien", racontait-il dans un livre d'entretiens avec Michel Denisot (Au bout de la passion, l'équilibre…, Albin Michel, 1995). "Je suis gaulliste depuis l'enfance", insistera-t-il en 2007 sur son site de campagne présidentielle. "Ma famille m'a enseigné les valeurs du gaullisme: l'amour de la France et le refus de la fatalité."

Cette dernière valeur semble celle qui définit le mieux le gaullisme pour Nicolas Sarkozy: "Le gaullisme, c'est le refus de la fatalité", répétait-il en février 2008 lors de l'inauguration de l'Historial Charles-de-Gaulle aux Invalides, à Paris. "Le gaullisme, c'est le mot par lequel nous désignons dans notre histoire la volonté humaine, lorsqu'elle est fermement opposée au renoncement." Il s'agit donc d'une définition sans contenu idéologique, semblable à celle de Georges Pompidou ("une attitude") ou d'Édouard Balladur ("un pragmatisme"). "Le gaullisme n'a jamais été une idéologie, le gaullisme n'a jamais été une religion, poursuivait l'ancien balladurien. Le général de Gaulle s'y est toujours opposé. Il ne voulait pas que sa pensée fût enfermée dans la rigidité d'une doctrine."

Ne conférant aucun corpus doctrinal au gaullisme, le président de la République est donc imperméable aux critiques de ceux qui, à droite ou à gauche, l'accusent de rompre avec les idées de Charles de Gaulle, par exemple à propos de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'Otan. À Michel Denisot, Nicolas Sarkozy expliquait donc logiquement que, d'après lui, "le gaullisme a d'abord été le rapport à un homme dont la dimension a fait une partie de l'histoire contemporaine de notre pays, le général de Gaulle, et ce, quels que soient les choix qu'il effectuait. On s'engageait derrière le Général. C'était plus derrière lui, derrière la confiance qu'il suscitait que derrière sa pensée" (1).

"Le gaullisme constitue nos racines. C'est un fait, mais avec le temps qui passe cela devient notoirement insuffisant", écrivait-il dans Libre (Robert Laffont/Xo, 2001) en soulignant que "le gaullisme appartient aujourd'hui à l'histoire de France et, à ce titre, il est devenu l'apanage de chaque Français (…), il est en quelque sorte tombé ou inscrit dans le patrimoine national". Dans les années 1990, Nicolas Sarkozy se réclamait d'ailleurs d'un "gaullisme libéral", oxymore pour ceux qui donnent un contenu économique et social au gaullisme (programme du Conseil National de la Résistance, planification et interventionnisme de l'État, association capital-travail et participation, etc.).

Parallèlement, le dirigeant du RPR rompait avec le positionnement politique ni de droite ni de gauche de sa famille politique (2): "Quant à se dire de droite, une bonne partie de mes amis s'y refusent obstinément. J'avoue avoir du mal à comprendre cette forme de pudeur qui n'est rien d'autre qu'une façon de céder à la mode du moment (…) Car enfin, pourquoi donc serait-il noble d'être de gauche et faudrait-il s'excuser d'être de droite?."

Dans le même livre, Nicolas Sarkozy note par ailleurs que "les héritiers politiques de la famille gaulliste ont une tendance certaine à la nostalgie, qui s'illustre notamment dans le pèlerinage annuel à Colombey": "Je m'en veux d'ailleurs d'avoir sacrifié cette année encore à cette forme de totem, avouait-il. J'ai pourtant clairement conscience que nous entretenons ainsi une caricature, chaque jour plus désuète." La plume de celui qui se rend ce mardi en Haute-Marne devient même féroce lorsqu'il écrit que "Dieu que le paysage est triste en novembre du côté de Bar-le-Duc, il pleut quasi invariablement, il fait froid et le vent souffle fort, à croire que les conditions atmosphériques se mettent de la partie pour rendre le pèlerinage un peu plus difficile".

Depuis sa campagne présidentielle puis son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy affectionne pourtant ces commémorations historiques: il s'est déjà rendu trois fois à Colombey-les-Deux-Églises (en avril et novembre 2007 puis en octobre 2008 pour l'inauguration du Mémorial Charles-de-Gaulle) et quatre fois sur le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance (en mai 2007, mars 2008, avril 2009 et 2010).

 

Laurent de Boissieu
La Croix, 09 novembre 2010
(version plus courte publiée sous le titre De Gaulle-Sarkozy, une filiation revendiquée)

(1) Dans l'unique définition qu'il en donna, Charles de Gaulle présenta le gaullisme comme "un système de pensée, de volonté et d'action" (9 septembre 1968); Nicolas Sarkozy fait l'impasse sur le premier facteur.

(2) "Le fait que les partisans de droite et les partisans de gauche déclarent que j’appartiens à l’autre côté, prouve précisément ce que je vous dis, c’est-à-dire que, maintenant comme toujours, je ne suis pas d’un côté, je ne suis pas de l’autre, je suis pour la France", Charles de Gaulle, 15  décembre 1965.

06 octobre 2010

Les villepinistes espèrent toujours former un groupe à l'Assemblée nationale

C'est un échec politique pour Dominique de Villepin. Alors que vient de s'ouvrir cette semaine la session parlementaire 2010-2011, les députés villepinistes ne sont finalement pas parvenus à trouver suffisamment d'alliés pour former un nouveau groupe. Depuis mai 2009, il suffit pourtant de réunir quinze membres sur un total de 577 députés. Or, si un groupe peut se constituer à tout moment, il lui faut en revanche impérativement exister au début de la session s'il veut bénéficier des droits spécifiques aux groupes d'opposition ou minoritaires et être représenté dans les organes de l'Assemblée nationale. C'est donc raté pour cette session, voire pour la législature. Qu'à cela ne tienne : les villepinistes ne renoncent pas. "Le besoin d'expression libre et indépendante des républicains sociaux se consolide de jour en jour, expose sereinement Marie-Anne Montchamp. Il faut le temps que chacun fasse son chemin, mais je suis absolument certaine que nous y arriverons."

La constitution de ce nouveau groupe se heurte pour l'instant à deux écueils. Le premier est interne : combien d'élus villepinistes sont vraiment prêts à rompre avec le groupe UMP ? Huit députés UMP adhèrent au parti de Dominique de Villepin, République solidaire, auxquels s'ajoute le non-inscrit Daniel Garrigue. Or, sur la réforme des retraites, sept villepinistes se sont abstenus (Marc Bernier, Daniel Garrigue, François Goulard, Jean-Pierre Grand, Jacques Le Guen, Marie-Anne Montchamp et Jean Ueberschlag), tandis que deux autres (Guy Geoffroy et Michel Raison) votaient pour.

Le second écueil est externe : avec qui s'allier pour atteindre le seuil de quinze membres ? Les villepinistes possèdent comme allié naturel le parti gaulliste Debout la République, qui compte deux députés : Nicolas Dupont-Aignan et François-Xavier Villain. Marie-Anne Montchamp avance en outre une "compatibilité" avec l'unique député et président du CNI, Gilles Bourdouleix. Mais ce dernier n'est aujourd'hui "pas prêt à franchir le Rubicon". Un autre député pourrait compléter le dispositif : le "gaulliste social de centre droit" Philippe Folliot (apparenté au groupe Nouveau Centre et porte-parole de l'Alliance centriste). Enfin, quelque huit députés sociaux du groupe UMP, gaullistes ou démocrates-chrétiens, seraient potentiellement intéressés… mais souhaitent attendre et conserver pour l'instant leur anonymat. Tout au moins "jusqu'au remaniement ministériel", confie l'un d'eux. En clair : tout dépendra de l'orientation, plus ou moins sociale, du futur premier ministre.

Cet été, les villepinistes avaient même proposé, non sans débats internes, une alliance technique avec les trois élus du MoDem. Mais François Bayrou - qui aurait également pu renouer à cette occasion avec le député Nouveau Centre Nicolas Perruchot - avait posé comme condition une rupture totale avec l'UMP, aussi bien avec le groupe parlementaire qu'avec le parti. Une condition irrecevable alors que Dominique de Villepin, en tant qu'ancien premier ministre encarté, est lui-même actuellement membre du bureau politique de l'UMP.

 

Laurent de Boissieu
La Croix, 6 octobre 2010

15 septembre 2010

Les villepinistes se comptent

Le scrutin public sur l'ensemble du projet de loi portant réforme des retraites a fourni ce mardi au noyau dur des députés villepinistes une première occasion de se compter.

Sur les onze députés qui se sont volontairement abstenus (équivalent parlementaire d'un vote blanc) figurent ainsi sept villepinistes : Marc Bernier (groupe UMP), Daniel Garrigue (NI), François Goulard (groupe UMP), Jean-Pierre Grand (groupe UMP), Jacques Le Guen (groupe UMP), Marie-Anne Montchamp (groupe UMP) et Jean Ueberschlag (groupe UMP).

Ce qui signifie que, sur les neuf députés que je catalogue villepiniste, deux ont voté pour : Guy Geoffroy (groupe UMP) et Michel Raison (groupe UMP).

 

Cette incapacité des députés villepinistes à se retrouver autour d'un premier vote commun, qui plus est l'abstention volontaire, qui engage moins qu'un vote "pour" ou "contre", n'est pas de bon augure pour l'expression parlementaire du villepinisme...

 

Les députés villepinistes ambitionnent en effet de créer un groupe avec les trois élus du MoDem (Abdoulatifou Aly, François Bayrou, Jean Lassalle) et les deux élus de Debout la République (Nicolas Dupont-Aignan, François-Xavier Villain).

Le chiffre minimum de quinze membres ne me semble malgré tout pas inatteignable. Sans répéter ce que j'ai déjà écrit en juillet, ce nouveau groupe pourrait selon moi par exemple attirer le président du CNI (Gilles Bourdouleix, actuellement au groupe UMP) ainsi que des députés du groupe Nouveau Centre (comme Thierry Benoit et Philippe Folliot de l'Alliance centriste) voire de l'UMP.

Plus qu'un groupe villepiniste, il s'agirait alors d'un groupe "mixte" ou "technique" comme il en existe traditionnellement dans d'autres assemblées parlementaires à l'étranger.

 

Avec un choix important au moment de la constitution du groupe : déclarer ou non son appartenance à l'opposition (ou être considéré par défaut comme un "groupe minoritaire", sous-entendu au sein de la majorité). Sachant que quatre membres potentiels de cet éventuel futur groupe - actuellement non-inscrits - ont déjà voté une motion de censure contre le gouvernement de François Fillon (Abdoulatifou Aly, François Bayrou, Jean Lassalle et Nicolas Dupont-Aignan) et appartiennent donc de ce fait à l'opposition.

Tandis que Dominique de Villepin, en tant qu'ancien premier ministre encarté, est à ce jour membre de droit du bureau politique de l'UMP...

 

 


Rappel au règlement du député villepiniste Daniel Garrigue

30 juillet 2010

Un groupe villepiniste à l'Assemblée nationale ?

Porte-parole de République Solidaire, la députée Marie-Anne Montchamp a annoncé dans Libération que la "démarche" vers la constitution d'un groupe villepiniste à l'Assemblée nationale était "engagée".

À l'Assemblée nationale, un groupe doit réunir au moins quinze membres (non compris les députés apparentés; ce chiffre était de trente membres avant 1988 et de vingt membres jusqu'en mai 2009).

Les villepinistes peuvent-ils y parvenir ?

 

1) Le noyau dur villepiniste est aujourd'hui constitué de neuf députés :

- Marc Bernier (groupe UMP)
- Daniel Garrigue (non-inscrit)
- Guy Geoffroy (groupe UMP)
- François Goulard (groupe UMP)
- Jean-Pierre Grand (groupe UMP)
- Jacques Le Guen (groupe UMP)
- Marie-Anne Montchamp (groupe UMP)
- Michel Raison (groupe UMP)
- Jean Ueberschlag (groupe UMP)

[Mes confrères du Figaro et de Marianne mentionnent en sus Jean-Luc Warsmann, le président UMP de la commission des lois]

Seuls, les villepinistes ne peuvent donc pas constituer un groupe parlementaire...

 

2) Mais devraient s'y ajouter les deux députés Debout la République :

- Nicolas Dupont-Aignan (non-inscrit), président du parti
- François-Xavier Villain (non-inscrit)

 

3) Ainsi que les trois députés MoDem :

- Abdoulatifou Aly (non-inscrit)
- François Bayrou (non-inscrit), président du parti
Jean Lassalle (non-inscrit)

(alliance savoureuse lorsque l'on se souvient que l'acte de rupture de François Bayrou avec la droite fut, en mai 2006, le vote de la motion de censure déposée par la gauche contre le gouvernement dirigé par Dominique de Villepin)

 

Reste donc au moins un député à convaincre. J'en vois trois possibles :

 

4) L'unique député CNI : Gilles Bourdouleix (groupe UMP), président du parti

(le CNI a mis fin à son accord d'association avec l'UMP en juin 2008)

 

5) Voire les deux députés MPF :

- Véronique Besse (non-inscrit)
- Dominique Souchet (non-inscrit)

 

Ce qui pourrait donner - outre une auberge espagnole allant du MoDem au MPF - dix-sept membres, auxquels je serais même tenté d'ajouter quatre six noms, mais que je ne donnerai pas car cela relève de la pure spéculation personnelle...

[Ayant finalement donné les six noms auxquels je pense dans les commentaires de cet article, les voici :
- Franck Marlin (apparenté au Groupe UMP)
- Christian Vanneste (Groupe UMP, membre du CNI jusqu'en octobre 2009; mais vient de participer au lancement du "collectif de la droite populaire")
- René Couanau (Groupe UMP, proche de Pierre Méhaignerie)
- Marie-Jo Zimmermann (Groupe UMP)
- Thierry Benoit (apparenté au Groupe Nouveau Centre, secrétaire général de l'Alliance centriste)
- Philippe Folliot (apparenté au Groupe Nouveau Centre, porte-parole de l'Alliance centriste)]

 

Bref, vingt-trois noms potentiels selon moi, parmi lesquels les villepinistes devraient bien pouvoir en convaincre au moins quinze d'ici la rentrée parlementaire !

29 juillet 2010

Financement politique : l'exemple de Debout la République

Après avoir détaillé - en exclusivité - les flux financiers entre l'UMP et le PS respectivement avec les autres structures politiques, attardons-nous quelques instants sur l'exemple de Debout la République, parti représenté au Parlement (avec officiellement deux députés : Nicolas Dupont-Aignan et François-Xavier Villain) mais qui ne dispose pas du financement public.

 

Rappelons le contexte : Nicolas Dupont-Aignan, fondateur de Debout la République, est un des derniers fidèles du gaullisme originel, à la fois social et souverainiste. Comme Jean-Pierre Chevènement à gauche, sa stratégie a oscillé entre essayer de changer la droite de l'intérieure (Nicolas Dupont-Aignan a été candidat à la présidence de l'UMP en 2002 puis en 2004) ou incarner une alternative à la droite et à la gauche (il a tenté d'obtenir les parrainages nécessaires à sa candidature présidentielle en 2007, après avoir quitté l'UMP).

 

Aux élections législatives 2007, Debout la République a bien présenté plus de cinquante candidats mais n'a pas répondu au nouveau critère instauré en 2003 par le gouvernement Raffarin pour avoir droit au financement public : qu'ils obtiennent chacun au moins 1% des suffrages exprimés. Bref, Nicolas Dupont-Aignan s'est retrouvé député sans pouvoir faire bénéficier son parti de la fraction de financement public issue du rattachement annuel des parlementaires.

D'où l'idée de se rattacher à un parti politique bénéficiant de la première fraction et qui lui rétrocéderait les sommes issues de la seconde :

- pour 2008, Nicolas Dupont-Aignan s'est rattaché au Mouvement Écologiste Indépendant (MEI) d'Antoine Waechter (44.394€ de seconde fraction)

- pour 2009, Nicolas Dupont-Aignan ainsi qu'un autre député et un sénateur se sont rattachés au Rassemblement pour la Calédonie de Jacques Lafleur (133.477€ de seconde fraction)

- pour 2010, les parlementaires DLR se sont rattachés avec des divers droite à la structure Démocratie et République du sénateur de la Moselle Jean-Louis Masson. De fait, cette structure est aujourd'hui devenue la roue de secours pour le financement des activités politiques de parlementaires divers droite : pour 2008, 3 sénateurs s'y sont rattachés; pour 2009, 3 députés et 4 sénateurs; pour 2010, 5 députés et 4 sénateurs (en attendant pour 2011 les députés villepinistes prêts à rompre avec l'UMP ?).

 

Ce procédé est donc le seul moyen pour Debout la République de recevoir du financement public de ses parlementaires. Ce qui est vital, puisque cela constituait en 2008 (derniers comptes publiés) la première source de financement du parti :

- 40% de contributions reçues d'autres formations politiques (126.000€)

- 30% de dons de personnes physiques (94.615€)

- 19% de cotisations des adhérents (59.995€)

 

Il n'en reste pas moins que ce procédé parfaitement légal - qui a débuté fin 2004 avec le parti Le Trèfle d'Albert Lapeyre (alors membre de la direction de Debout la République) -  présente trois inconvénients :

- aucune garantie de rétrocession de la seconde fraction du financement public (sans compter que le parti "ami" peut réclamer au passage un pourcentage !)

- opacité la plus complète puisque - véritable scandale démocratique - le rattachement financier annuel des parlementaires est secret

- détournement de l'esprit de la loi sur le financement de la vie politique (le Nouveau Centre utilise d'ailleurs exactement le même procédé avec le Fetia Api) ...même si cette loi va justement selon moi à l'encontre du pluralisme politique