20 mai 2008
Député de ...la Nation
L'examen du projet de révision constitutionnelle débute aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Un des aspects rarement évoqué constitue pourtant une bombe juridique : "Les Français établis hors de France sont représentés à l'Assemblée nationale et au Sénat", devrait disposer à l'avenir la Constitution. Dans l'exposé des motifs, on peut ainsi lire cette énormité : "Le projet de loi met également fin à une singularité qui voulait que les Français établis hors de France ne soient représentés qu'au Sénat; ils le seront aussi, en vertu de l'article 24 de la Constitution résultant de l'article 9 du projet, à l'Assemblée nationale".
Je tiens à rappeler aux députés qu'ils ne représentent pas (contrairement aux sénateurs) un territoire. Je suis ainsi choqué de voir la plupart des mes confrères (à commencer par France 3 et LCP-Assemblée nationale lors des retransmissions des questions au gouvernement) écrire "député des Hauts-de-Seine" ou "député de l'Ain". Un député n'est pas député des Hauts-de-Seine, de l'Ain ou, demain, des Français de l'étranger. Il représente l'ensemble de la nation, quel que soit techniquement son territoire d'élection (qui n'est en outre pas le département, mais la circonscription législative). À ce propos, un des meilleurs moyens de réaffirmer leur rôle consisterait à interdire strictement le cumul des mandats pour tout député, afin de bien signifier qu'il est élu pour représenter la nation, l'intérêt général, et non une circonscription, des intérêts particuliers. En écrivant dans la Constitution que "les Français établis hors de France sont représentés à l'Assemblée nationale", les parlementaires ne feraient, au contraire, qu'accentuer ce qui constitue déjà une dérive antirépublicaine.
Enfin, je rappelle également qu'un Français établi à l'étranger peut être inscrit sur une liste électorale en France, et donc voter aux élections législatives par procuration. Nul besoin, donc, de dynamiter la République pour cela.
08:00 Publié dans institutions, politique, République | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
| Tags : france, politique, constitution, république |
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Délire total
Le PS fait grimper les enchères sur la réforme constitutionnelle, demandant que le temps de parole dans les media du chef de l’Etat soit compté dans celui de la majorité, et que cette disposition soit inscrite dans la Constitution. Bernard Accoy...
Trackback par : l'Hérault Républicain | 20 mai 2008
Commentaires
Tout à fait d'accord avec votre analyse !
Pour une appréciation critique sur la réforme constitutionnelle, y compris article par article, voir:
www.alter-reformeconstitutionnelle.com
Écrit par : G. | 20 mai 2008
Bien argumenté. La bonne formulation aurait donc été : "Le projet de loi met également fin à une singularité qui voulait que les Français établis hors de France ne participent pas à l'élection des députés de l'Assemblé nationale ; ils le feront désormais en vertu de l'article 24 de la Constitution résultant de l'article 9 du projet, à l'Assemblée nationale".
Écrit par : Libéral européen | 21 mai 2008
@Libéral européen. Ta formulation est en effet une réponse à mes objections. Mais nul besoin de mettre cela dans la Constitution (la loi électorale en général et les dispositions spécifiques aux Français établis à l'étranger en particulier ne relèvent pas de la Constitution...).
@G. Merci pour le lien !
Écrit par : Laurent de Boissieu | 21 mai 2008
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