01 février 2014

Théorie(s) du genre?

Note personnelle - susceptible de modifications au fil de l'eau! - afin d'essayer d'y voir clair sur la question de la "théorie du genre".

 

Qu'est-ce que la théorie du genre?

La théorie du genre (1) désigne d'abord les études universitaires sur le genre ("gender studies" aux États-Unis d'Amérique). Il s'agit tout simplement d'étudier les images et les rôles attribués par l'idéologie dominante d'une société aux hommes et aux femmes.

Il ne s'agit en réalité que d'une déclinaison autour de la question de l'identité sexuelle du débat ancien et classique entre nature et culture. L'identité sexuelle est-elle fondée:

- uniquement ou prioritairement sur le sexe biologique? "L'identité sexuelle des individus s'explique par la biologie".

- uniquement ou prioritairement sur le sexe social, c'est-à-dire le genre? "L'identité sexuelle des individus s'explique par le contexte socio-culturel (qu'il est donc possible de dépasser par simple sentiment et choix individuels)".

- à la fois et égalitairement sur le sexe biologique et sur le sexe social? "L'identité sexuelle des individus s'explique autant par le contexte socio-culturel que par la biologie".

 

La théorie du genre (2) désigne ensuite ceux qui affirment que le sexe se définit par le sexe social ou "genre" et non par le sexe biologique. Cette idéologie du genre existe bien (même si la nouvelle mode consiste à prétendre le contraire!) et a directement influencé des expérimentations ou législations étrangères, en particulier la possibilité en Argentine de choisir son sexe "social" (sentiment subjectif), quel que soit son sexe biologique (donnée objective, sauf cas, rares, d'hermaphrodisme).

 

Qu'en est-il en France?

De ce que j'en ai vu, l'"ABCD de l'égalité" ne se rattache pas à la théorie du genre (2) mais utilise les études sur le genre - ou théorie du genre (1) - afin de mieux lutter contre les stéréotypes de genre entendus comme synonymes de stéréotypes sexistes et pour l'égalité entre les sexes ("gender equality" étant synonyme de "sex equality" dans les conventions internationales). On ne peut donc que soutenir cette démarche, qui s'inscrit pleinement dans le projet de l'école républicaine.

Enfin, la théorie du genre (2) est marginale en France. Toute l'ambiguïté - sur laquelle jouent des personnes en réalité opposées à l'égalité des sexes - vient du fait que Judith Butler, pionnière des études sur le genre, est parallèlement sur cette position idéologique. Celle-ci semble en outre surreprésentée dans certaines associations féministes ou, surtout, lesbiennes/gays/bi/trans (par négation générale de la bipartition sexuelle, au-delà bien entendu des exceptions: hermaphrodisme/intersexuation).

La Ligne Azur destinée à informer et soutenir "toute personne qui se pose des questions sur son orientation sexuelle et/ou son identité de genre" contenait ainsi une section (retirée depuis) se rattachant bien à cette idéologie du genre:

Sexe biologique: organes génitaux (mâle, femelle), en lien avec l'anatomie. Ne définit pas nécessairement le sexe social d'une personne. Elle peut naître avec un corps féminin (organes génitaux femelles) et vivre avec un sexe social masculin (être masculine).
Identité de genre: sentiment d'être (plutôt) un homme ou (plutôt) une femme. Pour une partie des personnes, le sexe biologique coïncidera avec ce sentiment, c'est-à-dire qu'une femme au corps féminin se sentira femme par exemple. Mais pour d'autres, le sexe biologique et l'identité de genre ne coïncideront pas.
Sexe social: normes permettant d'identifier une personne comme (plutôt) féminine ou (plutôt) masculine (et par extension de déterminer si cette personne est un homme ou une femme).

L'immense paradoxe, c'est que cette idéologie du genre intériorise de fait les préjugés sexistes sur les valeurs féminines et les valeurs masculines, au lieu de lutter contre: un homme (biologique) ayant des valeurs dites féminines (préjugés sociétaux) serait ainsi selon eux une femme (sociale); inversement, une femme (biologique) ayant des valeurs dites masculines (préjugés sociétaux) serait ainsi selon eux un homme (social).

 

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Commentaires

Ce qui semble sûr, en tout cas, c'est que toute théorie du genre est une théorie. C'est à dire, dans le domaine des sciences sociales, un ensemble d'idées plus ou moins liées, plus ou moins cohérentes, mais dont le statut de vérité n'est pas établi.

Et c'est aussi à cet endroit que le bât blesse : pour initier les élèves à la démarche critique, leur apprendre à examiner les idées reçues, il existe un cours de philosophie. Qui, de temps immémorial, est située en classe de terminale, pas à l'école primaire, pour des raisons évidentes.

Même la forme atténuée de la théorie du genre (il y aurait des différences entre les possibilités offertes aux hommes et aux femmes, dues à une 'idéologie dominante' ; ces différences poseraient un problème social majeur ; il faudrait donc y mettre un terme) relève en effet non d'un savoir scientifique (ou plus modestement des enseignements de base permettant d'y accéder par la suite), mais d'une opinion politique. Et c'est à ce titre qu'elle n'a rien à faire sous les préaux.

On peut d'ailleurs se demander quelle est vraiment l'idéologie dominante, à l'heure actuelle, dans ses rapports avec les théoriciens du genre...

Écrit par : ted | 01 février 2014

En fait, il semble qu'il en va de l'égalité comme des frites McCain : ce sont ceux qui en parlent le moins* qui en font le plus.

D'autant qu'une autre question pointe à l'horizon, en plus des questions de principes déjà vues pouvant faire l'objet d'un débat franco-français.
Cette question est le délicat sujet de l'égalité entre les écoliers français et les écoliers japonais, coréens ou chinois qui seront, quoiqu'il arrive, leurs concurrents de demain.

Les tests PISA, en dépit de leur imperfection, ont en effet montré que les écoliers d'autres pays obtiennent de meilleurs scores sur les fondamentaux. Ce qui confirme en tout cas le diagnostic longtemps nié d'une dégradation du système scolaire français, suite aux fabuleuses réformes socio-démocrates de ces 40 dernières années.
Ce sont, plus ou moins, ces mêmes personnes qui veulent à nouveau imposer des changements, ce qui inspire d'emblée la méfiance. Et la question naturelle vient donc à l'esprit : il n'y a vraiment pas d'améliorations plus urgentes et plus consensuelles à apporter à l'école...?

* et qui, à la place, font de vrais cours à leurs élèves

Écrit par : ted | 01 février 2014

Interview intéressante de Judith Butler, l'une des intellectuelles qui a eu le plus d'influence sur les études de genre:

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20131213.OBS9493/theorie-du-genre-judith-butler-repond-a-ses-detracteurs.html

A noter sa position sur les débats franco-français sur le "voile" et la laicité.
Encore une féministe(et pas n'importe laquelle!) qui désapprouve la "politique française" en la matière.

Écrit par : Lina | 01 février 2014

Il est assez plaisant d'entendre certains revendiquer la neutralité de l'école par rapport à une opinion qu'ils disent "politique", alors que les mêmes reprochaient à l'école d'avoir abandonner la diffusion des valeurs de la République, ont réclamé le retour de la morale et fait lire une certaine lettre.
Il faut aussi être assez naïf et manquer d'information pour penser que les écoliers japonais, coréens, et chinois n'ont à l'école que des cours de lecture et de calcul.
Enfin, le système éducatif japonais, en plus d'un bon classement au test PISA, a produit 300 suicides en 2011.

Écrit par : Tebruc | 01 février 2014

@Lina: qui désapprouve la politique française sur le voile islamiste essentiellement avec des arguments communautaristes et multiculturalistes anglo-saxons donc inopérants en France.

Écrit par : Laurent de Boissieu | 02 février 2014

Lol!

Comme vous êtes prévisible!

Ca fait beaucoup rire(parce qu'il faut dire qu'ils ne nous prennent pas vraiment au sérieux) les anglo-saxons lorsqu'ils constatent que les Français ont systématiquement besoin de les caricaturer pour défendre le "modèle" français.


Pourquoi ce besoin d'invoquer sans cesse le "modèle" soit-disant "communautariste et multiculturaliste" anglo-saxon ,en le caricaturant au maximum, pour l'opposer au "modèle" français,qui est bien sûr si supérieur et qui marche si bien?
Le modèle français serait si peu convainquant que ses partisans auraient besoin de l'épouvantail anglo-saxon pour le défendre?

Je suis quelqu'un de pragmatique,surtout sur les questions d'intégration et d'insertion des migrants en France,expliquez-moi en quoi le "modèle français" est-il meilleur que le "modèle anglo-saxon"?


PS:par ailleurs,Judith Butler ne défend pas la liberté pour les femmes de se vêtir comme elles le veulent avec " des arguments communautaristes et multiculturalistes" comme vous le prétendez ,mais simplement avec des arguments de ceux qui défendent la liberté,un Etat de droit conforme aux principes de la charte de l'ONU.
Quoi de plus normal pour une féministe que d'affirmer que TOUTES les femmes ont le droit de disposer librement de leur corps,et que ce n'est pas à l'Etat de leur dicter leur façon de s'habiller.
A moins que votre modèle soit l'Arabie Séoudite ou l'Iran,deux autres Etats avec la France,à avoir des législations sur la manière dont les femmes doivent s'habiller.
Nul besoin de voir un complot anglo-saxon ici, juste des arguments de ceux qui défendent des principes élémentaires des libertés individuelles et de l'Etat de droit.

Écrit par : Lina | 02 février 2014

D'abord, je ne suis pas "prévisible", je prends juste la peine de lire votre lien: "ôter le voile, c'est l'obliger à se couper de ses attaches, à se déraciner". Hé bien oui, ça s'appelle l'assimilation républicaine, par opposition au modèle communautariste et multiculturaliste. C'est ainsi, que ça vous plaise ou non.
Ensuite, je ne hiérarchise pas entre les modèles. Je dis juste que celui que vous mettez en avant n'est pas le modèle républicain français. Quant au pragmatisme, c'est le mot-cheval de Troie de tous ceux qui veulent que la France ne soit plus une République indivisible, laïque, démocratique et sociale (de la fin de l'assimilation républicaine à la fin des services publics à la française: même "pragmatisme" mis en avant).
Votre post-scriptum est un bel exemple de triangulation, mais tellement gros que cela en devient comique!
Enfin, merci de ne pas troller systématiquement pour tout ramener à votre obsession du voile islamiste.

Écrit par : Laurent de Boissieu | 02 février 2014

Je ne mets en avant aucun "modèle".
D'ailleurs,je conteste même la notion de "modèle",qu'il soit français ou "anglo-saxon".
Ok pour votre remarque sur le pragmatisme,mais alors que dire de ceux qui se fichent de la réalité,des faits, et qui n'ont à la bouche que des mots tels que "République","assimilation", "intégration", "laicité", répétés à l'envi.

Parce que ce ne sont pas les discours incantatoires qui peuvent changer la réalité.
Par exemple qu'entendez-vous exactement par "assimilation républicaine"?

Enfin,je comprends que vous préfériez parler du voile (tout court et pas islamiste!) et de l'islam sans contradiction,mais désolée j'interviendrai lorsque j'en aurais envie.
Parler de l'interdiction du voile à l'école(cf.interview de Judith Butler) lorsqu'il y est question de l'introduction de la "théorie du genre" ce n'est pas du tout hors sujet!
Au contraire. Les études de genre s'inscrivent dans une perspective relativiste qui contestent l'ordre dominant et un certain universalisme abstrait.
Donc,vouloir interdire le voile à l'école au nom d'un universalisme abstrait tout en introduisant les "études de genre" pour questionner les représentations dominantes en ce qui concerne le sexe,c'est tout à fait incohérent!

Madame Vallaud-Belkacem voudrait nous faire croire qu'on peut à la fois se réclamer de Judith Butler et d'Alain Finkielkraut!!??

Écrit par : Lina | 02 février 2014

"Enfin,je comprends que vous préfériez parler du voile et de l'islam sans contradiction": il me semble au contraire avoir pris le temps de vous répondre, lorsque mes notes concernaient ce sujet.
Venez commenter ici tant qu'il me plaira, mais je ne vois pas l'intérêt de répéter inlassablement en boucle les mêmes choses à partir du moment où nous avons des visions et des interprétations du monde si opposées.
Vous avez déjà eu le droit à un traitement de faveur dès ma note sur la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, car normalement je supprime systématiquement les commentaires hors sujet.

Écrit par : Laurent de Boissieu | 02 février 2014

Il y a eu des confusions, des rumeurs malveillantes, de la désinformation autours de la théorie du genre et de l'école. Mais attention, ce n'est pas seulement le fruit d'un "complot extrémiste", mais la confusion a aussi été introduite par une succession d'éléments.

1) La majorité PS-Vert.
Tout d'abord, si la théorie du genre n'est effectivement pas enseignée à l'école, la majorité - ou du moins une partie - a bien tenté de faire qu'elle le soit.
L'amendement prévoyant son enseignement à l'école primaire (enfants à partir de 6-7 ans), dans la loi "de Refondation de l'école", avait été adopté en première lecture par l'Assemblée nationale en mars 2013. Le Sénat l'ayant retoqué en mai, des membres de la majorité ont tenté de le réintroduire à l'Assemblée nationale le 4 juin. Il a finalement été supprimé le 6 juin.

D'autres éléments incitent à la suspicion ou la confusion : des projets de circulaires, certaines phrases ou écrits de Vincent Peillon, des interventions de militants LGBT à l'école (envisagé ou réalisé ?), la mise en avant auprès d'élèves du site Ligne Azur (qui navigue dans l'orbite de Sida action service ? Quel rapport ?), etc.

2) La stratégie de l'escalade.
On vote le PACS en jurant qu'il n'y aurait pas de mariage homosexuel (discours de Mme Guigou à l'Assemblée), puis on introduit le mariage homosexuel qques années plus tard. On vote l'IVG en précisant que cela doit rester exceptionnel, puis on banalise légalement son usage des années plus tard. On vote le mariage homosexuel en retirant la PMA du texte pour dégonfler la polémique, puis on tente de la réintroduire un an après dans une loi sur la famille.
Cette politique des petits pas/de l'escalade, bien perçue par beaucoup de monde, rend évidemment soupçonneux, même face à des choses apparemment anodines ou sans grand risque (style ABCD de l'égalité), mais qui sont perçues comme des chevaux de Troie pour d'autres choses plus cruciales à venir.

3) Par ailleurs, je note enfin (après avoir vu plusieurs reportages TV sur plusieurs régions concernées) que les rumeurs extravagantes sur l'enseignement de la théorie du genre qui ont affolé certains parents, rumeur qualifiée "d'extrême-droite", a surtout circulé dans les milieux musulmans de banlieue. L'initiatrice est Farida Belghoul, dont on dit qu'elle est passée d'extrême-gauche à l'extrême-droite (mais je subodore que ce doit être plus complexe que cela), mais qui a dû garder les mêmes réseaux.

Écrit par : Libéral européen | 04 février 2014

"...lutter contre les stéréotypes sexistes (ou stéréotypes de genre) et pour l'égalité entre les sexes. On ne peut donc que soutenir cette démarche."
J'aurais envie de nuancer: égalité, oui; identité, non! A partir de quand les différences entre les rôles paternel et maternel, par exemple, doivent-elles être condamnées comme signes d'une inégalité? Pour ma part, je ne le sais pas exactement.
Alors il me semble dangereux qu'un Etat prétende intervenir là-dedans. La démocratie me semble fondée sur le principe de l'égalité de tous les citoyens, oui. Mais que l'Etat ne se risque pas à intervenir en ce qui concerne la manière concrète de vivre le genre. Ce n'est pas à l'Etat qu'il revient d'imposer une philosophie. Sinon, le totalitarisme nous guette.

Écrit par : Monique | 09 février 2014

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