01 novembre 2019
La haine, des paroles aux actes
L'attaque contre la mosquée de Bayonne repose la question de la responsabilité de ceux qui tiennent des propos islamophobes dans le débat public. Ancien candidat du Front national (devenu Rassemblement national) aux élections cantonales de 2015, son auteur a été déclaré pénalement responsable malgré une «altération partielle de son discernement».
Dans ce contexte, Éric Zemmour, en particulier, a été nommément pointé du doigt. «Tout le monde condamne toute attaque, c'est la moindre des choses, moi compris, c'est une évidence, a aussitôt réagi le chroniqueur sur CNews. Ce qui est curieux, c'est que certains me mettent en cause, disent que c'est de ma faute, qu'il m'a écouté.»
La ligne de défense d'Éric Zemmour consiste à assurer qu'il n'incite pas à la haine et qu'il se contente de critiquer l'islam. De fait, critiquer l'athéisme ou une religion, quelle qu'elle soit, relève de la liberté d'opinion et d'expression. Ce qu'il opère lorsqu'il qualifie l'islam, et pas uniquement ses branches islamistes, de «totalitarisme».
Le journaliste du Figaro va toutefois beaucoup plus loin qu'une critique relevant de la liberté d'expression. «La question qui se pose à nous est la suivante : les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ?, interroge-t-il, par exemple, le 28 septembre, à la convention des partisans de Marion Maréchal. Si oui, ils méritent leur colonisation. Si non, ils devront se battre pour leur libération (…) Au triptyque d'antan : "immigration, intégration, assimilation", s'est substitué : "invasion, colonisation, occupation".» Aux yeux d'Éric Zemmour, «les femmes voilées et les hommes en djellaba» ne témoignent pas seulement d'un défaut d'assimilation mais sont surtout comparables aux «uniformes d'une armée d'occupation [qui] rappellent aux vaincus leur soumission».
L'intéressé a déjà été condamné, le 17 septembre 2019, pour avoir avancé que les musulmans devaient choisir «entre l'islam et la France». Des propos, a définitivement jugé la Cour de cassation, qui constituaient «un appel à la discrimination» en ce qu'ils «désignaient tous les musulmans se trouvant en France comme des envahisseurs et leur intimaient l'obligation de renoncer à leur religion ou de quitter le territoire de la République».
Des mots identiques sont employés par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus, que cite d'ailleurs Éric Zemmour. La spécificité du théoricien du «grand remplacement» est cependant d'insister davantage sur la couleur de peau (racialisme), en dénonçant en Europe un «génocide par substitution des blancs». «Quand un pays est livré par ceux qui le gouvernent à l'invasion, à la colonisation organisée et à l'occupation étrangère, quand son peuple est délibérément remplacé et sa civilisation détruite, la seule question qui compte est sa double libération. Le reste peut et doit attendre», expose Renaud Camus (Twitter, 26/12/2018). Sans hésiter à parler de «guerre»: «La guerre d'Algérie n'était pas une guerre civile. La guerre de France n'en sera pas une non plus» (Twitter, 26/12/2015), «Il n'est pas question de guerre civile. Il est question d'une guerre de libération nationale et de décolonisation» (Twitter, 23/10/2016), «Les guerres civiles c'est au sein d'un même peuple. Là il y a des occupants et des occupés, des conquérants et des conquis» (extrait Twitter, 30/09/2018).
Enfin, selon Éric Zemmour l'islam constitue la source commune de l'insécurité au quotidien et du terrorisme. «Il y a une continuité entre les vols, viols, trafics de drogue jusqu'aux attentats de 2015, en passant par les innombrables attaques au couteau dans les rues de France, affirme-t-il dans un amalgame sans cohérence. Ce sont les mêmes qui le commettent, qui passent sans difficulté de l'un à l'autre pour punir les kouffars, les infidèles. C'est le djihad partout, et le djihad pour tous et par tous.»
À l'image d'Éric Zemmour, Renaud Camus ne prône pas explicitement le recours à la violence physique. «La violence peut être symbolique, emblématique. Elle ne peut être aveugle ou meurtrière. Frapper les esprits, pas les corps», avait-il exposé, sur Twitter, après l'attentat de Christchurch (Nouvelle-Zélande), où l'attaque contre deux mosquées avait causé la mort de 51 personnes.
Il n'empêche, l'un et l'autre parlent bien de libération» face à une «invasion», à une «colonisation» ou à une «occupation». Ce qui peut être interprété comme une incitation implicite au passage à l'acte.
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29 octobre 2019
Le PS voulait-il interdire le voile aux mères accompagnatrices de sorties scolaires?
Le Sénat examine, ce mardi 29 octobre 2019, une proposition de loi du groupe Les Républicains soumettant les parents accompagnateurs de sorties scolaires à l'interdiction du port de signes ou tenues par lesquels ils "manifestent ostensiblement une appartenance religieuse".
Dans une étude demandée par le Défenseur des droits et publiée en décembre 2013, le Conseil d'État avait exposé que les mères voilées accompagnant des sorties scolaires n'étaient pas soumises, par principe, à la neutralité religieuse, mais pouvaient l'être par exception, sur décision du chef d'établissement. "Les exigences liées au bon fonctionnement du service public de l'éducation peuvent conduire l'autorité compétente, s'agissant des parents qui participent à des déplacements ou des activités scolaires, à recommander de s'abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses", avait-il été analysé. Pour Les Républicains, il s'agit donc de sortir de ce cas par cas, à la discrétion des chefs d'établissement, afin d'établir une règle commune.
En 2003, la question de l'opportunité d'une clarification législative s'était déjà posée.
Estimant qu'il était "urgent de lutter contre le communautarisme", le groupe socialiste, unanime, avait déposé une proposition interdisant, pour les élèves comme pour les "visiteurs", "le port apparent de signes religieux, politiques ou philosophiques dans l'enceinte des établissements publics ainsi que dans toutes les activités extérieures organisées par eux". Dit autrement, il s'agissait bien, apparemment, d'interdire le voile aux mères accompagnatrices de sorties scolaires.
L'UMP (devenue Les Républicains), elle, était à l'époque divisée. D'un côté, les chiraquiens (Alain Juppé, Jean-Louis Debré, François Baroin) plaidaient en faveur d'une "disposition législative qui interdira expressément le port visible de tout signe d'appartenance religieuse et politique dans l'enceinte des établissements scolaires". Certains d'entre eux, comme Jean-Louis Debré, envisageaient même de l'étendre aux établissements privés sous contrat.
De l'autre, les sarkozystes s'y opposaient. Dans un communiqué, quatre d'entre eux (dont Christian Estrosi) dénoncèrent "les laïcards intégristes" et le fait que "pour lutter contre les agissements d'une minorité, on en vienne à pénaliser l'immense majorité des pratiquants de toutes les religions". Un compromis fut finalement trouvé entre Alain Juppé, président de l'UMP, et Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur. L'aboutissement en fut loi de 2004 interdisant aux élèves des établissements publics de manifester "ostensiblement" une appartenance religieuse.
Pour la petite histoire, lorsqu'en 2015 la question du voile religieux resurgira, la droite se divisera de nouveau, mais à front renversé. "Nous ne voulons pas de femmes voilées", déclarera Nicolas Sarkozy en souhaitant étendre cette interdiction aux mères accompagnatrices de sorties scolaires (position actée en interne par l'UMP dès 2011), aux étudiants des universités publiques, aux usagers des administrations et jusqu'aux salariés des entreprises. Cette fois, ce sera l'ancien chiraquien Alain Juppé qui s'opposera à toute nouvelle interdiction concernant "des adultes".
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