20 avril 2013
En défense de La Manif pour tous, des Veilleurs et de l'Église catholique
Je connais oh combien les contraintes qui pèsent sur l'écriture d'un article (le temps, la place, etc.). Il m'arrive moi-même de devoir répondre à des personnes ou associations mécontentes de la façon dont je les ai présentées (par exemple, ce vendredi, les "HomMen").
Sans vouloir faire de procès d'intention à certains confrères, lorsque des erreurs sont trop souvent répétées on peut commencer à se demander s'il n'y a pas en réalité, derrière, une volonté de nuire.
C'est particulièrement le cas au sujet de "La Manif pour tous" depuis que le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe est en deuxième lecture à l'Assemblée nationale.
Le collectif "La Manif pour tous" organise tous les jours une manifestation, déclarée auprès de la préfecture de police de Paris jusqu'à 22 heures. La grande majorité des manifestants se disperse alors. Non pas parce que ce sont des tièdes (Apocalypse 3, 16), mais parce qu'ils veulent utiliser leur liberté d'opinion et d'expression sans sortir, dans un État de droit démocratique, de la légalité.
Tout ce qui se déroule après 22 heures, ce n'est donc plus "La Manif pour tous" et, sur Twitter, ce n'est plus le mot-dièse #ManifPourTous.
Une minorité reste toutefois autour de l'Assemblée nationale.
Au sein de cette minorité, une petite minorité, marginale et très politisée, va au contact des forces de l'ordre. Réprimer cette minorité relève de l'ordre public le plus élémentaire.
Mais la majorité de cette minorité se regroupe sur l'esplanade des Invalides, pacifiquement assise devant des bougies à lire des textes. Ce sont les "Veilleurs", dans un esprit qui rappelle les veillées scoutes ou les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de l'Église catholique, dont sont apparemment issus les organisateurs.
Que les choses soient claires: participer à une manifestation non déclarée sur la voie publique puis refuser d'obtempérer aux sommations de dispersion des forces de l'ordre, c'est prendre ses responsabilités (interpellation) et courir le risque de recevoir un jet de gaz lacrymogène ou un coup de matraque.
Mais que les choses soient claires aussi: le ministère de l'Intérieur est responsable de la réponse des forces de l'ordre, qui doit par nature toujours être proportionnée et mesurée.
Pour résumer, un compte-rendu honnête des évènements exige selon moi de distinguer trois groupes:
- ceux qui restent dans la légalité ("La Manif pour tous")
- ceux qui choisissent la transgression pacifique ("Veilleurs")
- ceux qui se livrent à des actes de violence
Enfin, un dernier point en ce qui concerne ce vendredi.
Je lis que "des prêtres en soutane ont également fait reprendre à la foule des chansons de leur composition: 'À l'Assemblée, la Taubira a décidé d'assassiner les enfants du pays réel', chantaient-ils, ou 'Messieurs les CRS, rejoignez notre mouvement et matraquez les décadents' (source: AFP).
Dans l'esprit des gens, qui dit prêtre (1) dit Église catholique. Or, comme j'en avais eu le pressentiment hier soir en tweetant, il s'agirait de Xavier Beauvais, abbé de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris, membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. C'est-à-dire un intégriste, schismatique et donc non membre de l'Église catholique (2).
Amalgamez, amalgamez, il en restera toujours quelque chose...
(1) Le fait qu'il soit "en soutane" n'est pas forcément à mes yeux un signe d'intégrisme. Si sur plusieurs points je pourrais être qualifié de progressiste (communion des divorcées-remariées, ordination des femmes), je trouve très bien qu'un ministre du culte porte un signe distinctif, y compris s'il le souhaite un uniforme.
(2) Contrairement à ce que certains pensent, la réintégration de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X dans l'Église catholique n'a pas abouti: "tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n'a aucun statut canonique dans l'Église, et ses ministres - même s'ils ont été libérés de la punition ecclésiastique - n'exercent de façon légitime aucun ministère dans l'Église" (lettre de Benoît XVI, 10/03/2009). Xavier Beauvais, puisqu'il est question de lui, ayant par exemple dénoncé "le diktat de la Rome moderniste".
Seuls regrets:
- que la grande masse des opposants au "mariage pour tous" ne se désolidarise pas plus fortement, comme le fait Frigide Barjot, des dérapages homophobes et de l'extrême droite intégriste.
- m'être senti un peu seul vendredi soir sur Twitter, alors que j'ai, à titre personnel, une autre position que "La Manif pour tous" et les "Veilleurs", à m'élever contre ces amalgames.
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19 avril 2013
Mariage pour tous: derrière les invectives, des divergences de fond?
L'examen parlementaire du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe va s'achever.
Derrière l'argument de l'égalité des droits entre hétérosexuels et homosexuels (1) se cachaient en réalité des conceptions différentes de l'Homme et de la société (présentées en 140 caractères - ou presque - comme sur Twitter):
Il y a ceux pour qui le mariage est l'institution unissant un homme et une femme en vue de la procréation.
Il y a ceux pour qui le mariage est l'institution consacrant l'amour entre deux personnes.
Et il y a ceux pour qui le mariage est un contrat régissant la vie commune entre deux personnes.
Il y a ceux pour qui être parent, c'est engendrer un enfant.
Et il y a ceux pour qui être parent, c'est élever un enfant.
Il y a ceux pour qui un enfant a naturellement besoin pour son développement d'une mère, référent féminin, et d'un père, référent masculin.
Et il y a ceux pour qui les figures maternelle et paternelle sont le fruit d'une société genrée.
Il y a ceux pour qui l'égalité c'est le droit pour tous, couples hétérosexuels et couples homosexuels, de se marier.
Et il y a ceux pour qui l'égalité c'est le droit pour tous les enfants d'avoir un père et une mère.
Il y a ceux pour qui débattre, c'est insulter l'ennemi, forcément un méchant homophobe ou forcément un méchant destructeur de la famille et de la société (2).
Et il y a ceux pour qui débattre, c'est d'abord entendre et comprendre les arguments de l'autre.
(1) Rappelons, même si cela n'invalide bien entendu pas d'autres arguments en faveur du "mariage pour tous", que le Conseil constitutionnel a jugé que "la différence de situation entre les couples de même sexe et les couples composés d'un homme et d'une femme peut justifier une différence de traitement quant aux règles du droit de la famille" sans qu'il y ait discrimination et rupture d'égalité (Décision n° 2010-92 QPC du 28 janvier 2011).
(2) Notons que certains slogans "un papa, une maman" peuvent blesser des enfants de couples homosexuels, ce qui ne retire rien de la sincérité de ceux qui pensent que tout enfant doit avoir droit à un père et à une mère: complexité du débat politique...
00:06 | Lien permanent | Commentaires (4) |
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18 avril 2013
Qui sont les opposants radicaux au mariage pour tous?
21:55 | Lien permanent | Commentaires (4) |
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15 avril 2013
Sénat et anomalie de la démocratie
Cela fait bien longtemps que je le demande: tout vote sur l'ensemble d'un texte devrait donner lieu à un scrutin public. Tout électeur devrait en effet, pour le moins, pouvoir connaître le vote de son député ou de son sénateur.
L'adoption, vendredi 12 avril, à main levée (!), du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe en a encore donné une illustration.
D'une part, personne n'a demandé de scrutin public. Ni dans la majorité de gauche. Ni dans l'opposition de droite: les présidents des groupes UMP (Jean-Claude Gaudin) et UDI (François Zocchetto) ou trente sénateurs de droite présents pouvaient pourtant le faire.
D'autre part, les groupes ont communiqué à la présidence du Sénat les intentions de vote de leurs membres... qui seront selon Le Monde publiées au Journal Officiel (!).
On ose imaginer, sur un débat qui mobilise les Français (pour ou contre), au moment où les politiques soufrent d'une perte de confiance, qu'il s'agirait d'un petit arrangement entre amis pour "faire comme si" nos sénateurs avaient accompli leur travail de parlementaire en étant présents puis en votant en toute transparence à travers un scrutin public. On ose l'imaginer, car ce serait bien trop lamentable.
Quoi qu'il en soit, publier officiellement des intentions de vote constitue un véritable délire institutionnel. Pis: une anomalie parmi les démocraties (tous droits réservés Lionel Jospin).
16:05 | Lien permanent | Commentaires (11) |
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