23 mai 2013
UMP: le retour des candidats officiels?
L'UMP organise à Paris (mais aussi à Lyon, selon des modalités différentes) une élection primaire, ouverte aux sympathisants, afin de désigner son candidat à l'élection municipale de mars 2014.
Des personnalités non parisiennes de l'UMP ont exprimé leur préférence. L'ancien premier ministre Alain Juppé, maire de Bordeaux, a par exemple apporté son soutien à Nathalie Kosciusko-Morizet en tweetant "Vas-y, Nathalie! Pour Paris tu es la meilleure" (22/05).
Le Tourangeau Guillaume Peltier, dont le courant "La Droite forte" était arrivé en tête lors du dernier congrès de l'UMP, a préféré se placer d'abord sur le terrain des idées:
"Concernant Paris et la primaire parisienne, oui moi je souhaite, et j'appelle l'ensemble de nos adhérents, de nos sympathisants, de nos militants à se mobiliser pour ceux qui défendent au mieux nos convictions et qui portent au mieux nos valeurs."
Pour en tirer ensuite les conséquences quant aux candidats à départager:
"Il y en a deux par exemple, Pierre-Yves Bournazel et Jean-François Legaret, qui ont eu tous les deux une position très claire puisqu'ils ont dit que s'ils avaient été parlementaires, ils se seraient opposés à cette loi dite Taubira du mariage pour tous (1). Maintenant, je suis quelqu'un de loyal. Je souhaite que ce ne soit pas Nathalie qui soit désignée, mais si elle l’était je la soutiendrai, parce que je préfère Nathalie à Mme Hidalgo, je préfère la droite à la gauche." (RTL, 20/05)
Bref, un membre de l'UMP qui prend position dans une élection interne, cela n'a rien d'extraordinaire. Que ce soit en se prononçant "pour" ou en se prononçant "contre" (soutenir un candidat implique de fait souhaiter que les autres candidats ne soient pas désignés, même si l'expression "pour" est toujours plus policée que l'expression "contre").
Guillaume Peltier a pourtant écopé d'un "rappel à l'ordre" au bureau politique de l'UMP du 23 mai. Comme si il avait appelé à battre Nathalie Kosciusko-Morizet à l'élection municipale, comme si il avait exprimé une préférence pour une victoire de la candidate PS plutôt que celle de la candidate de son parti (2).
De deux choses l'une.
Soit l'UMP organise une véritable élection primaire, chacun étant alors libre en interne de se prononcer pour le candidat le plus proche de ses convictions ou contre celui qui en est le plus éloigné.
Soit il s'agit d'une mascarade de démocratie avec un candidat officiel (Nathalie Kosciusko-Morizet), comme sous le Second Empire, contre lequel il est interdit pour un dirigeant national de se prononcer.
L'UMP, le seul parti où un dirigeant ( . @g_peltier) n'a pas le droit de dire sa préférence dans une primaire interne #CandidatureOfficielle
— Laurent de Boissieu (@ldeboissieu) 23 mai 2013
(1) Lors du conseil municipal des 20 et 21 juin 2011, Pierre-Yves Bournazel avait pourtant voté pour un vœu (le numéro 69) déposé par le groupe Communiste et les élus du Parti de Gauche en faveur de l'ouverture du mariage aux couples du même sexe (source). Guillaume Peltier omet en revanche de citer Franck Margain, président délégué du Parti Chrétien-Démocrate de Christine Boutin, candidat tout aussi opposé que Jean-François Legaret au mariage pour tous.
(2) [Ajout 24/05] C'est pourtant ainsi que ses propos ont été déformés par les jeunes de La Boîte à Idées, la seule motion qui n'a pas obtenu suffisamment de suffrages au congrès pour être érigée en courant interne: "La préférence exprimée par M. Peltier pour une victoire des socialistes plutôt que celle d'une candidate qui ne serait pas «dans la ligne» illustre une conception de l'engagement qui nous est étrangère", avancent-ils dans une tribune.
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22 mai 2013
Suicide de Dominique Venner: la vraie motivation d'un acte politique
Dominique Venner, qui s'est suicidé ce 21 mai, était une grande figure de l'extrême droite française.
Après l'échec de l'activisme de l'OAS en faveur de l'Algérie française, Dominique Venner fut à l'origine d'une nouvelle doctrine caractérisée par un nationalisme européen (par opposition au nationalisme français) et un néo-paganisme anti-chrétien (opposition entre d'une part les religions du désert monothéistes - judaïsme, christianisme, islam - et d'autre part les religions des forêts, polythéistes, des anciens peuples indo-européens).
Ce fut au sein de ce courant - représenté par la revue Europe Action - qu'apparurent les premières dénonciations de "l'invasion algérienne en France", alors que quelques années auparavant l'extrême droite (dont Jean-Marie Le Pen) défendait encore l'"intégration" ou l'"assimilation" des populations algériennes et musulmanes.
Dominique Venner se consacra toutefois à partir des années soixante-dix à l'écriture de livres d'histoire puis à la publication de revues historiques. C'est donc un autre que lui, Alain de Benoist, qui devint le principal théoricien de ce courant qu'on appellera Nouvelle Droite. Alain de Benoist imprimera sa marque en réorientant le racialisme à l'origine suprémaciste (blanc) d'Europe Action vers un racialisme différentialiste (opérant une différentiation raciale mais plus une hiérarchisation raciale: races égales mais séparées dans un monde composé de nations monoraciales, progressivement sous couvert d'un "droit à la différence" culturelle).
Le suicide de Dominique Venner est un acte politique, comme le prouvent ses derniers écrits:
"Il faudra certainement des geste nouveaux, spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences, secouer les consciences anesthésiées et réveiller la mémoire de nos origines. Nous entrons dans un temps où les paroles doivent être authentifiées par des actes.
Il faudrait nous souvenir aussi, comme l'a génialement formulé Heidegger (Être et Temps) que l'essence de l'homme est dans son existence et non dans un «autre monde». C'est ici et maintenant que se joue notre destin jusqu'à la dernière seconde. Et cette seconde ultime a autant d'importance que le reste d'une vie. C'est pourquoi il faut être soi-même jusqu'au dernier instant. C'est en décidant soi-même, en voulant vraiment son destin que l'on est vainqueur du néant. Et il n'y a pas d'échappatoire à cette exigence puisque nous n'avons que cette vie dans laquelle il nous appartient d'être entièrement nous-mêmes ou de n'être rien." (21/05/2013, ultime note de son blog)"J'aime la vie et n'attend rien au-delà, sinon la perpétuation de ma race et de mon esprit. Pourtant, au soir de cette vie, devant des périls immenses pour ma patrie française et européenne, je me sens le devoir d'agir tant que j'en ai encore la force.
Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable. J'offre ce qui me reste de vie dans une intention de protestation et de fondation (...)
Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies." (dernière lettre de Dominique Venner, lue sur Radio Courtoisie après sa mort)
Si Dominique Venner s'était fortement engagé contre l'ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe, la première motivation de son acte n'est pas la loi Taubira mais l'immigration non blanche (extra-européenne):
"Il faut bien voir qu'une France tombée au pouvoir des islamistes fait partie des probabilités. Depuis quarante ans, les politiciens et gouvernements de tous les partis (sauf le FN), ainsi que le patronat et l'Église, y ont travaillé activement, en accélérant par tous les moyens l'immigration afro-maghrébine (...)
Les manifestants du 26 mai [prochain] ne peuvent ignorer cette réalité. Leur combat ne peut se limiter au refus du mariage gay. Le «grand remplacement» de population de la France et de l'Europe, dénoncé par l'écrivain Renaud Camus, est un péril autrement catastrophique pour l'avenir.
Il ne suffira pas d'organiser de gentilles manifestations de rue pour l'empêcher." (blog)"Alors que je défends l'identité de tous les peuples chez eux, je m'insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations." (lettre)
Ceux qui veulent faire de Dominique Venner un martyre du combat contre la Mariage pour tous trahissent donc le sens de son geste.
Son choix de se suicider dans une cathédrale n'est pas davantage un acte de foi catholique (il rejette d'ailleurs implictement l'idée de résurrection dans les extraits déjà cités (1)):
"Je choisis un lieu hautement symbolique, la cathédrale Notre Dame de Paris que je respecte et admire, elle qui fut édifiée par le génie de mes aïeux sur des lieux de cultes plus anciens, rappelant nos origines immémoriales." (lettre)
"À défaut de posséder une religion identitaire à laquelle nous amarrer", écrit en outre Dominique Venner dans cette même lettre, reprenant au passage les critiques formulées par sa famille de pensée vis-à-vis du christianisme, religion universelle.
Enfin, au-delà de l'affichage (certainement sincère de la part de l'ancien chevènementiste Florian Philippot) d'une ambition de rassembler tous les "patriotes", l'hommage rendu par Marine Le Pen à Dominique Venner prouve que le FN n'a pas rompu avec l'extrême droite, même la plus radicale.
Entre un nationalisme français assimilationniste ou un nationalisme européen racialiste (déjà défendu par Les Identitaires), Marine Le Pen devra un jour définitivement trancher.
(1) Sans oublier que l'Église catholique condamne le suicide, comme l'a aussitôt rappelé le site Internet "catholique de droite" Itinerarium.
[Ajout] Sur le même sujet, lire Dominique Venner et le renouvellement du racisme sur Fragments sur les Temps Présents.
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21 mai 2013
Mariage pour tous: jusqu'où les opposants peuvent-ils s'opposer?
La loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe a été promulguée le 18 mai 2013 au Journal Officiel de la République française.
Jusqu'où les anti-"mariage pour tous" peuvent-ils maintenant s'y opposer?
1. Liberté d'opinion et d'expression
Les anti-"mariage pour tous" peuvent bien entendu continuer à manifester pour demander la révision ou l'abrogation de la loi Taubira, de même que les partis politiques d'opposition peuvent inscrire l'une ou l'autre de ces options dans leur programme pour les échéances électorales de 2017 (ce qui promet de vifs débats internes à l'UMP...).
Bruno Le Maire est donc complètement à côté de la plaque lorsqu'il explique qu'il n'ira pas manifester le 26 mai, contrairement à d'autres députés UMP, car "nous n'avons pas, nous parlementaires, à aller défiler contre une loi qui a été adoptée au Parlement" (La Nouvelle Édition, Canal+, 20/05/2013).
2. Respect et application de la loi
Promulguée, la loi devient la loi de la République et s'impose à tous.
Certains opposants mettent toutefois en avant leur "devoir de résistance" ou de "désobéissance civile" face à une loi "légale mais illégitime", "injuste" ou "amorale".
Ces principes ne me semblent toutefois pas applicables dans un État de droit démocratique comme la France: il ne peut y avoir "résistance" que face à l'occupation de son territoire national ou face au renversement de l'ordre démocratique et à la tyrannie (résistance à l'oppression) [lire ci-dessous: "Dictature socialiste?"].
Sinon, chaque individu pourrait décréter que telle ou telle loi s'oppose à sa conscience et donc s'y soustraire dans une chienlit généralisée. Je le disais hier au sujet des "gauchos" ou des "bobos" qui aident des étrangers en situation irrégulière, je le dis aujourd'hui au sujet des "fachos" qui soutiennent les municipalités* prétendant ne pas marier les couples de personnes de même sexe (et je ne parle même pas de l'inhumanité crasse de ceux qui entendent troubler les mariages homosexuels).
Si "résistance" il devait y avoir de nos jours, ce serait bien plus contre les traités européens qui limitent notre souveraineté (et donc la portée et le champ de l'alternance) que contre une loi qu'il suffirait demain à une autre majorité démocratique (si elle en a l'envie et la volonté politique) de réviser ou d'abroger.
* Le maire peut être représenté lors de la célébration du mariage par un de ses adjoints, mais ce dernier agit de toute façon en son nom.
***
Dictature socialiste?
Certains militants de droite ont de fait "pété les plombs" depuis l'élection à la présidence de la République de François Hollande, remettant hier en cause sa légitimité et parlant aujourd'hui de "dictature socialiste" (thématique apparue sur la question fiscale).
C'est là qu'une jonction s'est récemment opérée avec une partie de l'extrême droite autour de l'opposition au "mariage pour tous". Non pas en raison de la présence dans le même cortège d'élus FN et UMP ou UDI. Mais, à la base, dans la convergence entre des militants de l'aile droite de l'UMP et des groupes extrémistes comme Civitas (1) ou "Les Identitaires".
Ces derniers, très doués dans l'art de la communication et de l'action politiques, sont à l'origine de la campagne "Pas mon président", qu'ils viennent opportunément de relancer.
"Les Identitaires" sont ainsi parvenus à apparaître comme plus fréquentables que le FN, alors qu'ils représentent en réalité une extrême droite radicale, ouvertement islamophobe et racialiste (2). Quoi qu'il en soit, ils feront je pense partie de ceux qui bénéficieront sur le terrain, à terme, de la mobilisation contre le "mariage pour tous".
(1) Avec comme figures de proue Vivien Hoch, militant des Jeunes Actifs de la 2e circonscription de Paris et signataire en 2012 de l'appel des Trentenaires pour François Fillon, et Andrea Papus Ngombet Malewa, élu en octobre 2010 dans la 6e circonscription au comité départemental de la fédération de Paris.
(2) J'écris bien "racialiste" (= politique de différentiation raciale) et non "raciste" (= politique de différentiation ET de hiérarchisation raciales). Sur le sujet: Identitaires et diversitaires, les deux faces du racialisme différentialiste.
12:27 | Lien permanent | Commentaires (13) |
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