Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17 avril 2007

Alliance PS-UDF

Éclairage

 

medium_bayrouroyal.jpgMichel Rocard a appelé, samedi, dans Le Monde, à une alliance entre le "centre démocrate-social" et la "gauche sociale-démocrate". Les deux termes n'appartiennent pas au même registre. Seul le terme "social-démocrate" désigne en effet clairement une famille idéologique. Le terme "démocrate-social", lui, ne renvoie qu'à des expériences françaises. D'une part, entre 1976 et 1995, le Centre des démocrates sociaux (CDS) de Jean Lecanuet, Pierre Méhaignerie et François Bayrou. D'autre part, entre 1973 et 1978, les députés centristes réunis dans le "groupe des réformateurs démocrates sociaux" puis dans le "groupe des réformateurs, des centristes et des démocrates sociaux". C'est justement durant cette période que le centre cesse d'être autonome, après l'épisode du Mouvement réformateur, et décide de s'allier avec la droite libérale au sein de l'UDF.

Historiquement, la social-démocratie est un socialisme réformiste (utilisation du suffrage universel et de l'État pour transformer le capitalisme) caractérisé par une interdépendance entre parti social-démocrate et syndicat de travailleurs. Aujourd'hui, les partis sociaux-démocrates européens ont adopté une idéologie sociale-libérale, troisième voie entre libéralisme et social-démocratie. Même si l'expression n'est surtout employée en France que de façon péjorative à gauche, c'est au sein de ce social-libéralisme que convergent idéologiquement François Bayrou et l'aile "réformiste et européenne" du PS (Michel Rocard, Dominique Strauss-Kahn). Concrètement, un tel rapprochement entre François Bayrou et les sociaux-libéraux du PS ne serait toutefois possible qu'entre les deux tours de l'élection présidentielle. Soit que François Bayrou affronte Nicolas Sarkozy. Soit que ce soit Ségolène Royal et que cette dernière assume une plus grande proximité avec la "social-économie" de François Bayrou qu'avec la gauche antilibérale. Hypothèse peu probable car signifiant vraisemblablement l'éclatement du PS.

 

Laurent de Boissieu

© La Croix, 17/04/2007

13 avril 2007

Sarkozy versus Onfray

Éclairage

 

medium_sarkoonfray.jpg"J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie", a affirmé Nicolas Sarkozy dans un entretien avec Michel Onfray dans le mensuel Philosophie Magazine (avril 2007). "Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable."

Les propos de Nicolas Sarkozy s'inscrivent dans un courant de pensée qui recherche des bases biologiques aux comportements sociaux. Au XIXe siècle, ce courant s'intéresse aux caractéristiques physiques, avec notamment la théorie de Cesare Lombroso (1835-1909) sur le "criminel-né". Au XXe siècle, il se tourne vers la génétique. Ce courant inspire les politiques de stérilisation pratiquées entre 1907 et 1958 dans certains États américains, entre 1934 et 1945 en Allemagne (parallèlement à l'eugénisme racial), entre 1935 et 1976 en Suède, ou encore en Norvège, Finlande et Danemark.

Sur le plan théorique, cette thèse a connu un renouveau avec la publication, aux États-Unis, en 1975, par Edward Osborne Wilson, de l'ouvrage Sociobiology : The New Synthesis. Sur le plan pratique, il est à l'origine des recherches visant à isoler le chromosome ou le gène permettant d'expliquer tel ou tel comportement social. Du "chromosome du crime" (1965) au "gène de l'homosexualité" (1993). À chaque fois, cependant, ces travaux ont été contredits.

Ces débats sont sensibles puisqu'ils font intervenir des notions philosophiques et religieuses fondamentales : inné versus acquis, nature versus culture, matérialisme versus spiritualisme, essentialisme versus existentialisme, déterminisme versus liberté. En témoigne la vigueur des réactions aux propos de Nicolas Sarkozy, au-delà du seul monde politique.

 

Laurent de Boissieu

© La Croix, 12/02007

04 avril 2007

Nicolas Sarkozy Ensemble

medium_sarkozy.jpgÀ trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a souhaité "lever certains malentendus" lors d'une conférence de presse, lundi, à Paris. Mise au point, tout d'abord, quant à la nature de sa démarche. "Un projet présidentiel, cela ne peut pas et ne doit pas être un catalogue de mesures, a-t-il insisté. Ce qui constitue l'essence d'un projet présidentiel, et au fond sa différence avec un projet législatif, ce sont les valeurs qui le fondent et qui orienteront l'action présidentielle pour les cinq années à venir."

Tel est l'objet du livre qu'il a également présenté lundi, intitulé Ensemble (XO Éditions, 159 pages, 14,90 euros). Dans cet ouvrage, le candidat confirme la réorientation idéologique de son discours, l'ancien porte-parole d'Édouard Balladur chaussant les bottes des partisans d'une "autre politique", quitte à mettre en exergue les contradictions entre ses choix politiques d'hier et les convictions aujourd'hui affichées, notamment dans ses critiques de l'Union européenne.

Mise au point, ensuite, quant à son projet. "J'assume l'intégralité des propositions que j'ai formulées depuis le début de l'année", c'est-à-dire depuis le congrès de l'UMP du 14 janvier dernier, a-t-il affirmé. Une précision utile, étant donné qu'il était devenu difficile sur certains points (laïcité, discrimination positive...) de savoir exactement quelles étaient les propositions du candidat, le président de l'UMP ayant, en un an, changé de position.

C'est notamment le cas sur les institutions, sujet primordial pour les gaullistes. Nicolas Sarkozy a, en effet, renoncé aux révisions constitutionnelles qui auraient abouti, de fait, à l'instauration d'un régime présidentiel à la française. "Je rendrai compte régulièrement de mon action devant les Français et devant le Parlement, se contente-t-il maintenant de dire. Je veux renforcer les pouvoirs du Parlement et l'associer aux nominations les plus importantes." Pour ce faire, Nicolas Sarkozy a indiqué lundi qu'"avant l'été" il désignerait "une commission de révision de la Constitution", et que les "réformes constitutionnelles limitée" nécessaires "seront soumises au Parlement à l'automne".

Mise au point, enfin, sur la nature du document de 16 pages intitulé Mon projet et publié la semaine dernière. Certaines propositions du candidat, notamment les plus libérales sur le bouclier fiscal de 50% ou la réforme de l'ISF, n'y figurent pas. Face aux critiques, Nicolas Sarkozy a souligné qu'il s'agit d'un "document bref" qui "récapitule les grandes mesures" de son projet présidentiel, et que "tout ne pouvait y être dit". Insistant : "Ce n'est pas parce qu'on ne dit pas tout qu'on renonce. Je ne renie donc rien." Tout au moins de ce qu'il a dit depuis janvier.

 

Laurent de Boissieu

© La Croix, 03/04/2007

31 mars 2007

Les radicaux ne croient plus au centre

Éclairage

 

medium_radical.gifAprès l'officialisation du soutien de Jean-Louis Borloo à Nicolas Sarkozy, André Rossinot, l'autre coprésident du parti, a indiqué que le Parti radical va rentrer "de bon coeur" dans la campagne présidentielle. Fondé en 1901, le Parti radical est le doyen des partis politiques français. Positionné jadis à gauche puis au centre de l'échiquier parlementaire, il a servi de vivier politique jusqu'en 1958, fournissant à la IIIe puis à la IVe République de nombreux présidents du Conseil (Émile Combes, Georges Clemenceau, Édouard Herriot, Édouard Daladier, Henri Queuille, Edgar Faure, Pierre Mendès France...).

Le Parti radical a été la première victime de la bipolarisation sous la Ve République. En 1972, certains radicaux (Maurice Faure, Robert Fabre, Michel Crépeau) signent en effet avec le PS et le PCF le programme commun de la gauche. Ces radicaux forment aujourd'hui le Parti radical de gauche (PRG, neuf députés), qui a présenté Christiane Taubira à l'élection présidentielle de 2002 (2,32%) et qui soutient cette année Ségolène Royal. Les autres radicaux, qui ont conservé le siège historique du parti, rue puis place de Valois, à Paris, ont participé en 1978 à la création de l'UDF et en 2002 à celle de l'UMP. Ces radicaux "valoisiens" comptent 16 députés et trois ministres (Jean-Louis Borloo, Renaud Dutreil et François Loos).

Les radicaux défendent la laïcité et l'individualisme philosophique (ce qui les sépare des démocrates-chrétiens), le parlementarisme (ce qui les sépare des gaullistes), ainsi qu'une "troisième voie" entre le libéralisme et le collectivisme socialiste. Théorisée dans le "solidarisme" de Léon Bourgeois (1851-1925), cette approche est proche de celle de la "gauche réformiste" (Dominique Strauss-Kahn) ou de la "social-économie" de François Bayrou.

Paradoxalement, alors que le positionnement centriste de François Bayrou aurait pu permettre aux radicaux de se retrouver, ces derniers ont décidé de s'inscrire dans le clivage droite-gauche en soutenant Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal.

 

Laurent de Boissieu

© La Croix, 30/03/2007

30 mars 2007

Le recours aux ministres issus de la société civile

Éclairage

 

medium_ss.gif"Il y aura des gaullistes avec moi, et aussi des socialistes, et surtout des compétences issues de la société civile", a affirmé François Bayrou, le 27 mars, dans un entretien publié par Le Figaro. Dans ce contexte, le terme "société civile" renvoie à la nomination de ministres qui ne sont ni des élus ni des membres de cabinets politiques ou de la haute administration publique. Un phénomène qui n'est pas nouveau. Outre, pour la première fois, des femmes - alors que ces dernières ne sont encore ni électrices ni éligibles -, le gouvernement Blum de 1936 comporte ainsi plusieurs ministres non politiques : Suzanne Lacore (directrice d'école primaire), sous-secrétaire d'État à la santé publique chargée de la protection de l'enfance, Irène Joliot-Curie (prix Nobel de chimie), puis Jean Perrin (prix Nobel de physique), sous-secrétaires d'État successifs à la recherche scientifique.

Les ministres issus de la société civile sont parfois des personnes inconnues du grand public, comme la juriste Simone Veil, nommée en 1974 ministre de la santé dans le gouvernement Chirac. Mais, le plus souvent, il s'agit de personnalités reconnues dans leur domaine de compétence, à l'image du scientifique Hubert Curien, ministre de la recherche des gouvernements de gauche entre 1984 et 1993. Deux premiers ministres ont mis en avant leur ouverture à la société civile : Michel Rocard en 1988 (avec Alain Decaux, Bernard Kouchner, Léon Schwartzenberg...) et Jean-Pierre Raffarin en 2002 (Luc Ferry, Claudie Haigneré, Francis Mer...). Le recours à la société civile répond à la crise de la représentation démocratique.

Le succès n'a toutefois pas toujours été au rendez-vous. Nommé ministre délégué chargé de la santé le 29 juin 1988, Léon Schwartzenberg a ainsi démissionné dès le 8 juillet. Tandis que Francis Mer, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie entre 2002 et 2004, a tiré de son expérience gouvernementale un livre au titre accusateur : Vous, les politiques... (Albin Michel).

 

Laurent de Boissieu

© La Croix, 29/03/2007